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"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

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'Reconquête' ?

La droite parisienne parle de "reconquérir" Paris. Un lapsus révélateur de l'état d'esprit de l'opposition municipale et qui sert la rhétorique de Bertrand Delanoë.



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En écoutant Françoise de Panafieu et ses têtes de listes pour les municipales de 2008, en lisant les argumentaires de l'UMP, en se promenant sur les blogs se réclamant de l'opposition de droite, on relève que l'objectif affiché de l'opposition municipale, qui sonne comme un leitmotiv, est de "reconquérir" Paris.

En politique, malgré la montée en puissance de la forme au détriment du fond, malgré la part prépondérante que prend l'image sur le discours, les mots ont un sens. L'usage du terme "reconquête" pour désigner l'ambition de la droite parisienne est doublement révélateur.

Il est d'abord révélateur du fait que la droite parisienne reste traumatisée par sa défaite électorale de 2001. Deux élections présidentielles se sont pourtant déroulées depuis et pour nombre de Parisiens, 2001 c'est loin. Au-delà de sa connotation revancharde, le terme de "reconquête" manifeste aussi l'incapacité de la droite parisienne à susciter l'envie chez nombre d'électeurs indécis qui ne sont ni emballés ni convaincus par le bilan de Bertrand Delanoë.

Le temps a passé. Paris a changé, pas toujours en bien d'ailleurs. Mais il faut bien admettre qu'on ne sent pas dans la population de la capitale de nostalgie pour le système qui a précédé l'élection de Bertrand Delanoë. Les études d'opinion montrent au contraire que la population parisienne veut que la droite change, qu'elle coupe le lien avec l'ère Chirac-Tibéri aujourd'hui révolue. C'est pourquoi il est au moins maladroit pour l'UMP de parler de "reconquête". Ce n'est pas ce qui donnera envie à une majorité d'électeurs de voter en faveur de l'alternance.

En revanche, ce beau lapsus sert les intérêts de Bertrand Delanoë. Face à des opposants dont les discours donnent le sentiment qu'ils considèrent la période 2001-2008 comme une simple parenthèse, un accident de parcours, le maire sortant a beau jeu de leur renvoyer à la figure la comparaison avec l'action et les pratiques de ses prédécesseurs. Son bilan en matière de logement est plutôt maigre, son incapacité à remédier à la pénurie de crèches est préoccupante, sa politique de transports est décriée par ceux qui en subissent les conséquences, qu'à cela ne tienne ! Face à une droite parlant de "reconquête", il pourra toujours dire qu'avant c'était pire : HLM aux copains, attribution clientéliste des crèches, "autoroutes urbaines"...

La droite parisienne ne gagne rien à rester bloquée sur le trauma de 2001. Mais Bertrand Delanoë a lui tout intérêt à rejouer en 2008 sa campagne de 2001, à comparer son bilan avec le souvenir du chiraco-tibérisme finissant que peu de gens regrettent au lieu d'évaluer ses réalisations à l'aune de ses promesses de l'époque.

La droite parisienne ne gagnera pas la bataille des urnes si elle se tire une balle dans le pied au moment de livrer la bataille des mots. En se gardant de toute intention de revanche, l'opposition municipale devrait surtout aspirer à remporter l'élection pour rendre hospitalière une ville qui est devenue antipathique même pour ceux qui y vivent. Il s'agit de dépasser les querelles entre droite et gauche, qu'entretiennent à dessein les vieux apparatchiks du RPR et PS, pour proposer de remédier à ce qui rend la ville si peu hospitalière pour les familles, les étudiants, les entreprises, les créateurs. Il ne s'agit pas de "reconquérir" un bastion perdu. Il s'agit de dessiner des priorités, d'allouer les ressources là où sont les besoins puisque, dans une ville riche comme Paris (7 milliards d'euros de budget, la main-d'oeuvre la plus qualifiée du pays), le problème n'est pas dans l'insuffisance des moyens mais dans l'utilisation qui en est faite.

En somme, il ne s'agit pas de "reconquérir" Paris. Il ne s'agit pas en effet de rendre Paris à la droite, ni même de rendre Paris aux Parisiens (la ville, capitale de la France et lieu de travail de nombreux banlieusards, ne leur appartient pas) mais de rendre cette ville plus vivable et plus accueillante.

Mardi 18 Décembre 2007
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