Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

Accueil Accueil    Envoyer à un ami Envoyer à un ami    Version imprimable Version imprimable    Augmenter la taille du texte Augmenter la taille du texte    Diminuer la taille du texte Diminuer la taille du texte

A quand la Nouvelle Aire ?

Les problèmes doivent être réglés à l'échelle où ils se posent

Alors que Paris étouffe dans les limites étroites du périphérique, il est temps de reprendre le train historique et naturel de l'extension de la capitale en intégrant les communes limitrophes au sein d'un Grand Paris. Déjà plagiée par des élus en mal de notoriété qui cherchent à masquer l'inutilité des mandats qu'ils accumulent depuis trop longtemps, cette proposition formulée dans le livre Pariscide (cliquer ici) est la condition nécessaire pour empêcher la transformation de Paris en un bunker de privilégiés.



Une capitale confinée

Paris en 1575 (droits réservés)
Paris en 1575 (droits réservés)
Paris est à l'agonie. Enserrée dans ses limites du Second Empire, la capitale étouffe. Avec ses 87 km2 (en retranchant la superficie du bois de Boulogne des 105,4 km2 officiels de la capitale) Paris est l'une des plus petites capitales au monde : 3,5 fois plus petite que Londres (321 kms2), 7 fois plus que Madrid (607 kms2) et 10 fois plus que Moscou (879 kms2). La conséquence en est une densité résidentielle élevée, proche de celle des grandes villes japonaises (244 habitants à l'hectare, contre 76 à Londres).
En outre, Paris se caractérise aussi par un net déséquilibre entre l'ouest et l'est : d'un côté, les bureaux et les habitations de standing ; de l'autre, les entrepôts et des logements de faible dimension. Entre les deux, le trafic ne cesse d'augmenter, provoquant embouteillages, nuisances sonores et pollutions. Une tendance d'autant plus marquée que les travailleurs, à la recherche de loyers modérés, vivent de plus en plus loin de leur lieu de travail. Pour eux, la vie parisienne est de plus en plus stressante et le temps perdu dans les transports n'a jamais été aussi élevé. Les récentes mesures visant à limiter la circulation automobile n'ont fait qu'empirer la situation.
Plus que d'une « nouvelle ère », Paris a besoin d'une nouvelle aire. La capitale doit trouver suffisamment d'espace pour accueillir des étudiants, loger des familles et abriter les plus pauvres tout en permettant à des entreprises et des petits commerces de s'installer. Pour cela, il y a urgence : Paris doit s'ouvrir et dépasser ses frontières désuètes qui l'asphyxient à petit feu.

Paris sort de son lit

Paris en 1630 (droits réservés)
Paris en 1630 (droits réservés)
Tout montre aujourd'hui que le découpage de Paris est en profond décalage par rapport à la vie réelle d'une agglomération plus large qui forme une véritable unité de vie.
Depuis des décennies, de multiples liens se sont tissés entre Paris et sa banlieue, comme suffisent à le démontrer les seuls échanges économiques : trois non-Parisiens sur cinq viennent quotidiennement gagner leur vie à Paris et y dépenser une part de leur salaire. À l'inverse, un Parisien sur trois travaille en dehors de Paris. Pour les patrons de la SNCF et de la RATP, les frontières de la capitale importent peu, et l'ensemble du réseau des transports en commun de la région parisienne est désormais sous le contrôle d'un unique syndicat géré par la Région.
En matière de logements sociaux, Paris se prolonge en banlieue par de multiples enclaves, faute de place disponible en ville : 20 000 logements sociaux, soit 10% de son parc HLM, sont situés en banlieue. Enfin, on ne compte plus les multiples excroissances de la capitale en banlieue, qu'il s'agisse d'espaces sportifs, de centres aérés, d'usines de traitement d'ordures ménagères, de stations d'épuration ou de cimetières. Délocalisées du centre de Paris, les Halles et ses infrastructures connexes occupent 6 km2 à Rungis, soit 7% de la superficie de la capitale. Bel exemple d'une emprise en banlieue vitale pour une ville très dense et, au final, pour l'intérêt général de toute l'agglomération.
Le constat est simple : les grandes questions d'aménagement du territoire qui touchent Paris -logement, transport, emploi- doivent être traitées à l'échelle de son agglomération, sous peine d'être totalement inefficaces. Comment combattre le déséquilibre parisien entre l'ouest et l'est, qui nourrit le facteur de trafic et génère des problèmes de circulation, si les communes limitrophes ne sont pas associées ? Dans les faits, pourtant, l'esprit de clocher des villes de banlieue s'oppose à toute politique globale et les nouveaux féodaux de la décentralisation entretiennent le morcellement de l'agglomération parisienne.

Les féodaux contre l'agglo

Paris en 1834 (droits réservés)
Paris en 1834 (droits réservés)
Les communes de la proche banlieue parisienne doivent une très large partie de leur développement à la formidable capacité d'attraction -économique, politique et culturelle- de la capitale qu'elles jouxtent. Elles sont pourtant loin de se montrer reconnaissantes et n'ont cessé, sous le double effet de la décentralisation et de l'ultra-libéralisme triomphant, de revendiquer leurs velléités de totale indépendance par rapport à l'ogre parisien.
L'origine du mal remonte à 1977, date de l'entrée en vigueur du nouveau statut de Paris qui, en faisant de la capitale à la fois une commune et un département, a contribué à couper la capitale des communes voisines. Votées en 1982, les lois de décentralisation ont parachevé la logique, anéantissant définitivement toute possibilité de solidarité entre les communes de la proche agglomération. Aussi chaque maire, investi de nouveaux pouvoirs en matière d'urbanisme, a-t-il pu n'en faire qu'à sa tête, sans tenir compte le moins du monde ni de ce que décidaient ses voisins ni de l'intérêt général. Très rapidement, plus personne ne s'est senti lié par le schéma d'aménagement et d'urbanisme régional, document de planification et de mise en cohérence des politiques d'urbanisme dont l'esprit remontait à 1965. Chaque maire a défini son plan d'occupation des sols comme il l'entendait. Les communes les plus riches, situées dans l'ouest de Paris, ont ainsi pu attirer des activités particulièrement rentables en leur faisant miroiter des impôts locaux privilégiés accroissant d'autant leurs richesses et développant de nouvelles infrastructures attractives pour alimenter le cercle vertueux de leur prospérité. À l'est, les communes limitrophes n'ont eu que leur pauvreté à partager, ce qui a contribué à aggraver les déséquilibres existants. Aussi le problème des transports entre lieu d'habitation et lieu de travail n'a-t-il cessé d'empirer, engendrant perte de temps, baisse de l'efficience économique et pollutions multiples.

75021, 75022, 75023… vite !

L'agglo : un échelon qui s'impose pour 2005
L'agglo : un échelon qui s'impose pour 2005
On l'aura compris, Paris et son agglomération souffrent d'un trop grand éclatement et d'une insuffisance de coopération et de mise en cohérence. Pour y répondre, Jean-Paul Huchon, Président du Conseil régional d'Ile-de-France, propose d'organiser, à son niveau, cette nécessaire solidarité. Mais le maire de Paris traîne des pieds, ne souhaitant pas voir le sort de Paris influencé par une assemblée au sein de laquelle sont influence serait réduite. Bertrand Delanoë préfère une coopération bilatérale entre Paris et ses voisins les plus proches plutôt qu'une intégration à plus grande échelle. Depuis son élection, le maire de Paris a ainsi engagé une série de rencontres avec ses homologues des communes d'Ile-de-France, organisant notamment une concertation avec les communes concernées sur la restructuration des portes de Paris. Une dizaine de protocoles de coopération ont ainsi été signés avec des villes des Hauts-de-Seine (Malakoff, Vanves, Issy-les-Moulineaux, Clichy), de la Seine-Saint-Denis (Montreuil, Saint-Ouen, Pantin) et du Val-de-Marne (Nogent-sur-Marne, Joinville-le-Pont). Bertrand Delanoë renoue de la sorte avec la frileuse politique du tête-à-tête qui avait été initiée en son temps par Jacques Chirac. Dès juillet 1986, celui-ci avait en effet écrit aux maires de la première couronne pour les sonder sur la révision du plan d'occupation des sols de la capitale, allant même jusqu'à envisager, un an plus tard, la création d'un district urbain qui fut par la suite abandonné. Bertrand Delanoë se fait donc un peu mousser lorsqu'il présente sa démarche comme une rupture « avec l'indifférence, l'égoïsme, voire l'arrogance qui ont si longtemps prévalu vis-à-vis des collectivités locales». Le rapprochement amorcé par le maire de Paris est certes une mesure de bon sens mais il est beaucoup trop timoré pour répondre à l'urgence qu'impose l'asphyxie de la capitale.
La véritable révolution consisterait à englober plusieurs communes dans le périmètre d'un « Grand Paris », à l'instar de ce qui a été expérimenté avec un certain succès à Lille. Cette solution s'inscrit d'ailleurs dans l'évolution historique d'une capitale qui, depuis sa création, n'a cessé de s'étendre à sa périphérie comme en atteste par exemple la célèbre barrière de Philippe Auguste construite entre 1190 et 1213. Cette muraille s'étendait du Louvre à l'île Saint-Louis et de la rue Réaumur au jardin du Luxembourg. Que d'évolutions depuis ! L'enceinte de Charles V à la fin du XIVe siècle et celle de Louis XIII ont agrandi les limites de Paris au nord-est -entre la place de la Bastille et la porte Saint-Denis- puis au nord-ouest. On a un peu vite oublié que, sous la Révolution, la place de la Nation était la limite de Paris et que la zone sur laquelle s'étend aujourd'hui le 16ème arrondissement était alors parsemée de villégiatures non urbanisées. Plus tard, sous Napoléon III, une multitude de villages aux noms aujourd'hui familiers (Passy, Auteuil, Batignolles-Monceau, Montmartre, Belleville, Vaugirard, Grenelle, Bercy…) ont été intégrés en totalité ou partiellement -dans le cas de Neuilly, Aubervilliers ou Ivry, notamment- à Paris.
Cette évolution, décidée et réalisée au nom de l'intérêt général, comme l'ont été à la même époque les aménagements du baron Haussmann, a été freinée par les dernières fortifications parisiennes posées par Thiers puis stoppée en 1973 avec la construction du périphérique. Le dépassement de cette nouvelle barrière qui est devenue une camisole de force apporterait pourtant de nombreux bénéfices à Paris. Un tel processus donnerait à la capitale une dimension européenne, lui permettant, avec une agglomération de neuf millions d'habitants, de rivaliser avec une ville comme Londres et ses huit millions d'habitants. Concrètement, cela aplanirait les prix de l'habitat entre Paris et la banlieue et permettrait à des universités comme celle de Sceaux d'être plus attractives, créant ainsi un cercle vertueux d'émulation.
La solution de la constitution d'un Grand Paris a été défendue par plusieurs hommes politiques parisiens de droite (Jean Tibéri) comme de gauche (Georges Sarre) ; elle a longtemps été le cheval de bataille du très médiatique architecte Roland Castro qui proposait l'extension de la capitale jusqu'à la ligne des forts ainsi qu'un système politique où chaque commune, y compris les arrondissements de Paris, élirait son maire tandis qu'une assemblée d'élus de cette collectivité agrandie désignerait un super maire doté de pouvoirs élargis, notamment en matière d'urbanisme. Jaloux de leurs petites prérogatives, les maires des communes de banlieue n'ont pas voulu d'un Grand Paris dont la réalisation relève pourtant de l'intérêt général. Une solution alternative consisterait à créer une structure intercommunale entre Paris et ses voisins, comme Michel Rocard, alors Premier ministre, l'avait imaginé en 1989 dans son plan de réorganisation de la région parisienne. Rencontrant, là encore, l'opposition de la plupart des élus locaux d'Ile-de-France, Michel Rocard avait du abandonner son idée.

Delanoë : le choix du conservatisme

A quand la Nouvelle Aire ?
Répondre à la question cruciale de la dimension pertinente de Paris suppose à la fois d'affronter les fortes résistances des potentats locaux et de bousculer l'Etat, seul acteur à même de réorganiser la capitale au nom de l'intérêt général. Bref, une tâche titanesque et politiquement risquée qui exige de la personne qui s'y attellerait des qualités de stratège, de diplomate et d'homme d'Etat.
Bertrand Delanoë ne sera sans doute pas cet homme. Il lui faudrait en effet pour cela aller contre ses intérêts électoraux. Qui dit, en effet, que la coalition de gauche sur laquelle il a fondé son assise politique conserverait la majorité dans une agglomération élargie ? Son socle électoral bobo pourrait être pris en tenaille entre la bourgeoisie de droite des Hauts-de-Seine, et les prolos de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne, peu susceptibles d'adhérer au discours plus sociétal que social du maire de Paris. En son temps, Jacques Chirac, serré sur sa droite par une UDF bien implantée dans la banlieue ouest et sur sa gauche par les mairies communistes de la ceinture rouge, avait déjà fait un calcul du même ordre…
Partant de là, Delanoë doit résoudre un dilemme : comment construire les logements HLM qu'il a promis si Paris ne peut s'étendre en largeur ? Comment attirer de nouvelles activités sans se concerter avec une périphérie de plus en plus attractive ? Réponse : étendre Paris… en hauteur, en construisant des tours.
A défaut de s'atteler à la constitution d'un Grand Paris, existe-t-il une autre solution pour régénérer Paris, y faire revenir les classes moyennes et séduire les entreprises ? L'idée a, en outre, le mérite d'être réalisable. Comparée aux grandes métropoles, en effet, Paris possède peu de tours. En dix ans, Shanghai a érigé des centaines de tours. Paris, connu mondialement pour sa Tour Eiffel, aucune.
À l'occasion de la définition du nouveau plan local d'urbanisme, le maire a donc proposé de revenir sur l'interdiction de bâtir des immeubles de plus de trente-sept mètres. Cette règle avait été définie dans les années 1970 pour mettre un terme aux errements architecturaux de l'époque gaullo-pompidolienne : tour Montparnasse, quartier des Olympiades, Beaugrenelle… des ouvrages, il est vrai, d'un goût discutable. Ces erreurs ont à ce point traumatisé les esprits à Paris qu'il faut à Bertrand Delanoë beaucoup d'énergie pour assouplir l'interdiction des tours. Aussi évoque-t-il la perspective d'immeubles de grande qualité architecturale pour faire passer la pilule. Pas sûr que des Trump Towers à la française soient à même de favoriser l'implantation des habitations modestes qui manquent cruellement à Paris… Sur cette question, Bertrand Delanoë semble, encore une fois, enclin au conservatisme. Pris en otage par ses alliés Verts, partisans d'un Paris embaumé et hostiles à tout programme d'aménagement urbain d'envergure, Bertrand Delanoë ne semble guère disposé à aller jusqu'au dernier étage de sa logique : la construction de nombreux logements et de locaux professionels à des prix abordables. Peut-être le maire de Paris n'est-il tout simplement pas… à la hauteur ?

Le statu quo parisien est devenu insupportable. Depuis près de vingt ans la question de la pertinence des limites actuelles de Paris est occultée pour ne pas froisser les intérêts particuliers des édiles de l'agglomération parisienne. Ce qui n'était au début qu'une simple question administrative ou d'urbanisme est devenue un sujet politique central et incontournable du fait de l'évolution économique et sociale préoccupante de la capitale. Tant que Bertrand Delanoë éludera la question, il ne pourra prétendre faire de la politique au sens véritable du terme.

Lundi 29 Août 2005
Lu 11201 fois


Dans la même rubrique :

Voir Paris en grand - 06/07/2007

Les affaires sont notre affaire | Courrier des lecteurs | Elus-cubrations | Positivons | C'est votre tournée !