Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

Accueil Accueil    Envoyer à un ami Envoyer à un ami    Version imprimable Version imprimable    Augmenter la taille du texte Augmenter la taille du texte    Diminuer la taille du texte Diminuer la taille du texte

Autobus parisiens : de moins en moins d'usagers

Par Rémy Prud'homme, professeur (émérite) à l'Université Paris-XII.



DR
DR
La municipalité de Paris, et ses thuriféraires, ne cessent de répéter que les autobus transportent de plus en plus de voyageurs dans la capitale. Les chiffres officiels publiés disent malheureusement le contraire. On les trouve dans les Statistiques Annuelles de la RATP, et même dans le Bilan des Déplacements diffusé jusque sur le site de la mairie de Paris.

En 2001, 352 millions de passagers par an. Le nombre d'usagers a stagné jusqu'en 2004, puis diminué en 2005 et 2006, où il a été de 330 millions. Il faut beaucoup de foi pour trouver que 330 est plus grand que 352. En réalité, on a plus de vingt millions d'usagers de moins, soit une baisse de plus de 6%. Les chiffres en voyageurs*km racontent exactement la même histoire, car la longueur moyenne des trajets reste à peu près constante à 2,4 km. Le Journal du Dimanche (30.9.2007), qui passe pudiquement sous silence cette baisse avérée, nous annonce un extraordinaire rebond en 2007 ; acceptons-en l'augure, mais attendons prudemment la fin de l'année et la publication des résultats, et réfléchissons sur l'évolution enregistrée.

Cette baisse n'est pas due à une raréfaction de l'offre de transport par bus, qui a au contraire augmenté. Pas autant que l'affirme la municipalité qui parle de +18% (JDD, 30.9.2007). Mais de 6% selon la RATP qui mesure les places offertes.

S'il y a de plus en plus de bus et de moins en moins de voyageurs, cela veut dire que les autobus sont en moyenne de plus en plus vides (ou de moins en moins pleins si l'on préfère). De 12% selon la RATP. De 24% si l'on en croit la municipalité. Comme les coûts sont fonction de l'offre et non de l'utilisation, cela veut dire que le coût par voyageur a augmenté de 12% (ou de 24% si vous en croyez la municipalité). Merci, généreux contribuables.

Votre serviteur, qui aime beaucoup les autobus, a pris le bus 38 -l'un des bus chouchou des discours municipaux- le 20 août à 11 heures de Beaubourg à la Porte d'Orléans : il était le seul passager, et il l'a été pendant la plus grande partie du trajet. Son cœur d'économiste saignait à l'idée que ce trajet qui coûtait peut-être une centaine d'euros (c'est une hypothèse, pas une information) était payé par trois ou quatre tickets d'autobus, et que la différence était à la charge des finances publiques. Bien entendu, ce cas vécu est un cas limite, plus illustratif que représentatif, et il y a aussi des autobus bondés. Le nombre moyen est de 16,8 personnes par autobus en 2006 (ce chiffre est obtenu en divisant le nombre de passagers*km par le nombre de voitures*km). Mais ce nombre moyen était de 19,7 en 2002. Cette évolution, désirable pour le confort, est déplorable pour les finances publiques.

Mais surtout, cette baisse faible mais indiscutable, signe ce qu'il faut bien appeler un échec de la politique des transports engagée à Paris en 2001. Cette politique consistait à tout faire contre la voiture et à tout faire pour les autobus, en rétrécissant l'espace viaire des voitures et en dilatant celui des bus. L'espoir affiché était que les automobilistes allaient en masse abandonner leurs voitures et se reporter en masse sur les autobus. Tous les experts savaient et disaient que ce rêve ne se réaliserait pas, parce que les utilisateurs et les utilisations des deux modes ne sont pas les mêmes, en termes de motifs, de longueur des déplacements, d'horaires, de contraintes, de vitesse désirée, etc. Mais les politiciens décidaient. J'entends encore un élu balayer tous les arguments avancés : « c'est un pari que nous faisons ». Pari tenu. Pari perdu. Paris perdu ?

DR
DR
Les transports en commun sont bien entendu tout-à-fait indispensables à la mobilité dans Paris, et personne n'a jamais dit le contraire. Mais les transport en commun à Paris, c'est le métro et le RER, pas les bus. En termes de voyageurs*km, l'unité la plus significative, l'autobus représente à peu près 8% des transports en commun. Cela veut dire que 92% de transports en commun sont souterrains. La circulation automobile est entièrement en surface. C'est bien pourquoi les deux modes étaient et sont complémentaires, pas antagonistes. Développer les transports en commun, c'était développer métro, trains et RER. Cela n'impliquait nullement de restreindre la circulation. Il n'y avait pas de conflit véritable pour l'usage de la voirie.

Le résultat de la politique suivie a été de réduire la circulation, d'environ 20%. Des centaines de millions de déplacements ont ainsi disparu. Où sont-ils passés ? Certains sont maintenant effectués en scooter et en moto. D'autres le sont en métro, dont la fréquentation au augmenté. D'autres encore, peut-être les plus nombreux, ont purement et simplement été éliminés engendrant un recul de la mobilité dans Paris. Tout cela mérite des analyses chiffrées. Ce qui est certain en tout cas, c'est que contrairement aux attentes et aux promesses, ces automobilistes chassés ne se retrouvent pas dans les autobus de Paris.

Cette note n'est nullement partisane. Elle évalue une politique, pas un parti. Cela est d'autant plus vrai que M. Seguin, s'il avait été élu en 2001, aurait mis en oeuvre la même politique, à quelques nuances près ; et que Mme de Panafieu a déjà annoncé qu'elle continuerait, si elle était élue en 2008, la politique de M. Delanoe -aux aménagements du Boulevard Saint-Marcel près.

-----------------------
D'autres analyses du professeur Prud'homme sur les transports parisiens :
- L'emploi à Paris: Fluctuat et mergitur
- 1 milliard d'euros gaspillés chaque année dans les embouteillages parisiens !
- Le professeur Prud'homme répond à David G.

Visiter le site du professeur Pruhomme : cliquer ici

Vendredi 05 Octobre 2007
Lu 4006 fois



1. Posté par fanou47 le 09/10/2007 19:03
Si les bus sont de moins en moins empruntés, comment se fait-il quue ceux que je prends quelle que soit l'heure soient toujours bondés sauf en tête de ligne.. et le métro est bien pire... ainsi que les bus de banlieue dont la rareté même dans les secteurs où ils sont plus que nécessaires fait qu'ils sont également bondés à toute heure du jour.. les bus parisiens, dans leur couloir, sont pour moi une récréation à côté du reste...

2. Posté par Ursini le 10/10/2007 12:38
Venant de banlieue, j'aimerai prendre le bus lorsque j'arrive dans Paris mais à chaque fois que je l'ai pris je suis arrivé en retard, pourtant tout est fait "à priori" pour que les bus circulent. Il faudrait que je parte encore plus tôt de Cergy pour me calmer de mon voyage en R.E.R en utilisant le bus pour finir mon trajet. Il faut préciser que le R.E.R a cela d'étrange qu'aux heures de pointes entre 7h et 8h30 nous n'avons droit qu'aux trains "simples" (sauf exception) qui sont bondés dès le début de la ligne alors qu'après 9h passent des trains à étages pratiquement vides où vous pouvez tranquillement vous faire agresser. Je pense qu'il serait bon que les pouvoirs publics émettent des tickets "places assises" ou "places debout" pour les RER et trains et que l'on donne le temps de trajet réel pour les bus.

3. Posté par Maharbbal le 11/10/2007 21:25
Je ne connais pas de métropoles où les transports publics de surface soit pleinement efficaces. Il n'y a pas de solution miracle, les trams coûtent trop chers, les bus en site propre créés des encombrements, les bus sans sites propres n'arrivent jamais à temps.

Certaines améliorations peuvent être apportées (diminution du nombre de feux, logiciels pour éviter les instincts grégaires des bus, etc) mais objectivement ça ne règlera que très partiellement les problèmes des transports en commun en surface.

Je serais intéressé de savoir ce que vous proposez pour endiguer la baisse séculaire des bus et des trams (un milliard de passagers/an en 1900). Quelques gadgets peuvent être mis en place (voies spéciales et insitations fiscales pour le covoiturage, transports d'entreprise ou de quartier, interconnexions bus/métro/voiture/vélo, péage), mais ça ne règlera pas le problème.

Le cœur de tout économiste saigne quand il entend des propositions visant à la limitation de la rurbanisation, mais des politiques intelligentes pour réduire le coût des trajets est évidement la seule solution.

4. Posté par BGILMONY le 12/10/2007 15:44
Métros et RER sont les seuls transports à pouvoir offrir une alternative sérieuse aux longs trajets réalisés en voiture. Les chiffres sont d'ailleurs éloquents : chaque jour, ils permettent 3,8 millions de déplacements dans Paris intra-muros, contre 2,6 millions pour la voiture et 400 000 pour l'autobus. Un plébiscite qui s'explique par des vitesses moyennes plutôt performantes -18 km/h pour les métros et 50 km/h pour les RER-, soit des niveaux qui ne pourront jamais être atteints par les bus, même favorisés par des couloirs réservés. Or, depuis 2001, les transports sous-terrains ne bénéficient d'aucune amélioration significative.

5. Posté par mossieurpatate le 15/10/2007 11:29
Bon en meme temps le 20 aout à 11h il faut quand meme pas pousser mémé dans les orties hein ?
Tout le monde sait qu'au mois d'aout Paris est plus ou moins ville morte et que tout le monde en profite pour pouvoir reprendre tranquillement son vehicule personnel.

Pour etre franche et honnete cette experience aurait due être renouvellée 15 jours plus tard là on n'aurai absolument pas le meme genre de conlusion.


Enfin je prend le BUS 87 tous les matins et dans le sens 12ème - champs de mars et c'est l'horreur tous les matins tellement c'est plein.

Tout le monde (sauf la mairie) a bien compris que les couloir de bus "protégés" donc infranchissables sont plutot des pièges que des vecteurs de fludité du trafic (principalement pour les services d'urgence).
La solution ?
Supprimer les bouts de trottoir en plein milieu de la chaussée et autoriser le delestage du trafic dessus surtout la nuit où il y a au mieux un passage par demi heure que ce soit rue de rivoli ou sur l'axe clignancourt magenta.

Combien de fois ai-je vu des bus coincés par un pauvre type qui bosse, il decharge un colis, ou depanne quelqu'un ; une ambulance hurlante au milieu de voitures qui ne peuvent pas bouger.

Paris manque avant tout de civisme et d'usagers civilisés... ainsi que des politiques concertées.


6. Posté par BGILMONY le 15/10/2007 13:03
Ce que dit le professeur Prud'Homme est vrai : en dehors des heures de pointe ou les bus sont bondés (entre 9h et 10h le matin), certaines lignes sont vides dans la journée ! Et dire que la mairie se vante d'avoir ajouté quelques bus... la nuit !

7. Posté par Léo le 16/10/2007 15:31
Je vous recommande la lecture, dans l'excellent journal Le Monde daté mercredi 17/10, d'un article titré "Paris pilote à vue sa politique des transports". On y cite une étude commanditée par notre cher maire (donc probablement aux conclusions édulcorées) qui pointe les effets collatéraux néfastes de la politique anti-bagnole et finalement qualifie de propagande la communication autosatisfaite de la mairie sur la baisse de circulation automobile à Paris. Une saine lecture à garder sous le coude pour les longs trajets en Bus !

8. Posté par Nicolas CAPON le 21/10/2007 18:18
Bonjour,
Votre article a au moins un mérite : le manque d'objectivité totale en matière de transport.

À vous croire, les transports se limitent aux seuls métros, RER et tramways ce qui est un non sens absolu.

Le transport, ce n'est pas un mode mais une chaîne de déplacement. Bannir les bus pour promouvoir la voiture, il faut être vraiment idiot pour encore avoir cette "idée" en tête.

La fréquentation des transports est en amélioration constante, c'est une généralité et les voitures commencent à être moins utilisées, c'est une seconde généralité.

Nous voyons tous quelles sont les conséquences sur l'environnement, on n'arrête pas de nous en parler à longueur de journée, peut-être parfois avec un certain manque d'objectivité.

Quant au bus 38 vide, peut-être mais qu'en était-il du bus précédent et du bus suivant. Car sur une ligne où l'offre est forte (et le 38 est dans ce cas), un premier bus peut "charger" la clientèle alors que le second qui se trouve quelques minutes derrière lui... va être vide.

Ce n'est qu'en développant l'offre que l'on stimulera la demande. La politique pronée par Bertrand DELANOË et Denis BAUPIN n'est pas forcément irréprochable mais elle montre la voie.

J'espère ne pas voir DE PANAFIEU en 2008 parce que ses idées ne provoqueraient qu'une régression. Il faut aller plus loin, boucler le tram T3 dès que possible, créer une ligne de tramway entre les gares via les grands boulevards et continuer à développer des couloirs de bus qui permettent de garantir aux voyageurs une régularité qui fait souvent défaut... notamment à cause des embouteillages.

Je ne suis pas pour limiter la voiture au minimum mais il faut arrêter de faire des trajets très courts en voiture. La marche à pied, ça existe, il y a le vélib, il y a les vélos, les rollers, les transports et d'autres modes.

Prenons conscience que c'est chaque personne qui peut changer l'avenir de notre planète... par des gestes très simples.

9. Posté par Roland le 21/10/2007 21:26
Cela permet de montrer l'interêt (et la nonirrationnalité) de l'instauration de la gatuité des transprts publics dans les grandes villes.
Ĉateauroŭ l'a fait ça ne lui a pas couté beaucop plus, at maintenant ses autobus sont plein. Ce qui comparé aŭ autobus vides et coûtant ĉers que vous décrivez montre que l'interêt économique se défend. Surtout sion inclus les autres enjeŭ: gaz à effet de serre, embouteillages, etc. Le jeu en vaut la ĉandelle.

http://miiraslimake.over-blog.com/article-5989635.html
réchauffement etc: pour une vraie politique des transports c'est toute la société à repenser -

Et économie de contro^leurs!
(et quand on voit les abus et violences dont ils se rendent à l'opocasion coupable, on se souvient qu'il y a quelques années un vieillard de types sans doute levantin avait été tabassé par toute une bande de jeuns "gorilles" de la rATP après qu'il eu tenté d'expliqué que sa femme aussi vieille que lui s'était rompé dans le compostage du billet. L'ennui était que ce monsieur, les violences il avait déjà connu: torturé par les pasdaran il était en éxil en France étant ancien maire de Téharan et ... ancien directeur des transports public s d'Iran sous la Ŝah...
http://miiraslimake.over-blog.com

10. Posté par Nicolas CAPON le 01/11/2007 21:47
Je réagis au post de Roland qui amène de ma part quelques réactions :

- Effectivement, Châteauroux est une ville qui a opté pour la gratuité de ses transports. Cela entraîne une augmentation de ses bus mais en contrepartie, aucune recette directe (ventes de billets, abonnements...). La ville estimait que le ratio recettes / dépenses, très faible dans son cas, lui permettait d'opter pour la gratuité à moindre coût. Mais quid de l'augmentation de l'offre, du renouvellement des véhicules ? Car le transport, ça coûte cher et ça rapporte souvent peu. Les voyageurs ne paient pas le coût réel de leur transport sinon, il serait beaucoup plus cher.

- Concernant les Contrôleurs, une fois encore, je me retrouve à lire des propos que je qualifierai d'ouvertement anti transport et peu objectifs. Si certains Contrôleurs abusent de leur pouvoir, ils sont peu nombreux à le faire, beaucoup essaient de faire correctement leur travail. Mais celui-ci est rendu de plus en plus difficile. Les fraudeurs, les gens de mauvaise humeurs, tout cela n'est pas facile à gérer. Ne parlons pas des agressions. Car pour le cas de l'ancien Maire de Téhéran (au passage, je vais être méchant mais je n'en ai rien à faire qu'il soit Maire, il n'est pas au dessus du lot du fait de sa fonction), c'est un cas rare dans les annales. Par contre, des agressions de Contrôleurs, c'est presque un cas par semaine.

Alors, arrêtez de stigmatiser les transports publics. Un baril de pétrole à 100 $ en 2008, ça ne peut que faire réfléchir. Le coût annuel de l'automobile qui s'envole, cela provoque des réactions.

Le projet de Bertrand DELANOË et Denis BAUPIN n'était pas parfait. Mais l'action entraîne des critiques. Ceux qui ne font rien sont souvent les mieux placés pour critiquer, parfois sans rien comprendre.

J'espère que les électeurs parisiens feront le bon choix. Il y a une différence entre le moyen âge et le futur. C'est le choix qui nous est proposé par les deux candidats en matière de transport.

Quant à Madame DE PANAFIEU, je lui suggère de se rapprocher de Dominique BUSSEREAU, histoire de proposer des idées intéressantes et non de critiquer sans arrêts les couloirs de bus. Car dans son arrondissement, il y a fort à faire.

11. Posté par viveparis le 03/11/2007 18:01
http://www.dailymotion.com/vivlelalibertedexpression/video/5582549
http://www.youtube.com/watch?v=Yrjk7Z-Vk0U

12. Posté par les400clics le 14/12/2007 08:21
Les bus dans Paris ne sont valables que pour de courts trajets directs. Sinon, l'usager leur préfère le métro. j'emprunte parfois les bus et force est de constater que cet usage se révèle très désagréable et particulièrement lent. En heures de pointe, comme l'ont souligné les précédents commentaires, le bus est bondé. On ne peut s'assoir, on est bousculé, on chancelle au gré de la conduite plus ou moins souple, bref, très désagréable. En heure creuse, le bus est plus vide certes, mais on l'attend entre 10 minutes (officiellement) à 20 à 25 minutes (réalité constatée plusieurs fois en plein paris). Beaucoup trop de pour des trajets de 1 à 2kms maximum : c'est aussi vite fait à pied, que d'attendre sur un trottoir encombré et au milieu des échappées de gazole.
Donc oui, je préfère le métro, ou le taxi, ou la marche à pied au bus...
http://les400clics.hautetfort.com/

Nouveau commentaire :

Nom*
Adresse email* (non publiée)
Site web

Commentaire
Me notifier l'arrivée de nouveaux commentaires

Dans la même rubrique :

|1| >>

Perroquet : quès aco? | Le Perroquet Masqué | La vie à Paris | Paris roule-t-il ? | Bêtisier | Plumes acérées | Citoyens actifs | Scoops | Législatives 2007 | Communiqué