Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

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Christophe Girard retrouve sa vraie couleur

Christophe Girard, adjoint de Bertrand Delanoë chargé de la culture, a quitté les Verts pour protester contre leur décision de voter avec la droite des motions critiquant la politique du maire de Paris en matière de logement.



Girard, vert de rage

"Il est hors de question pour moi de cautionner une telle réalité, qui me conduirait en quelque sorte à être dans le parti, mais hors de l'équipe municipale" a indiqué Christophe Girard en faisant connaître sa décision de quitter les Verts pour siéger désormais parmi les non-inscrits. Une décision qui n'est somme toute pas tellement surprenante quand on connaît le parcours de Christophe Girard.

Un élu plus rose que vert

Christophe Girard (droits réservés)
Christophe Girard (droits réservés)
Les Verts parisiens ont eu un jour de 1998 la surprise de recevoir un bulletin d'adhésion accompagné d'un chèque de 36.000 francs. Impressionnés, les écolos de la capitale décident de rencontrer un si généreux militant et l'accueillent à bras ouverts. Mais Christophe Girard n'avait pas rejoint le parti écologiste pour défendre les fleurs et les petits oiseaux. Comme le raconte le journaliste Yves Derai, Christophe Girard n'a d'ailleurs pas caché ses réelles intentions à ses nouveaux amis :

"Si Girard s'inscrit chez les Verts, ça n'est pas par passion pour les sujets environnementaux mais pour prolonger son combat en faveur des droits des homosexuels dans l'arène politique. Le parti dirigé par Dominique Voynet n'a aucun tabou sur ces questions. Christophe Girard se rendra compte par la suite qu'il pâtit d'une autre forme d'inertie. "Nous avions depuis quelques temps déjà une commission gay et lesbienne (CGL)", dit Jean-Luc Benhamias, "mais je l'ai quand même prévenu : chez nous, de l'extérieur, ça brille, mais à l'intérieur, ça se complique". De fait, Christophe Girard ne sera pas bien accepté par la commission en question. "Trop paillettes", estime l'un de ses dirigeants. "Je n'ai pas tenu à trop m'investir dans la CGL pour garder mon indépendance", assure quant à lui l'intéressé. "Je sers mieux la cause en restant libre". (1)

On l'a oublié, mais Christophe Girard était lui aussi une vedette de l'émission Zone Interdite au cours de laquelle Bertrand Delanoë se fit connaître du grand public en révélant son homosexualité :

"Dans un reportage consacré au soutien apporté par la société Yves Saint-Laurent à la mouvance gay, Christophe Girard est présenté comme le bras droit du patron, Pierre Bergé, qu'il secondait non seulement dans la conduite des affaires mais aussi dans ses engagements militants. On le voit ainsi donner de l'argent à l'une des quelque trente associations communautaires soutenues par la société Saint-Laurent ou encore défiler aux côtés de son mentor sous les banderoles d'Act Up. Alors que Bertrand Delanoë avait opté pour le coming-out -la révélation volontaire de sa propre homosexualité-, Christophe Girard se livre dans le reportage à la pratique détestable de l'outing -qui consiste à révéler l'homosexualité d'une personne contre son gré- en citant devant la caméra, avec un sourire faussement ingénu, les noms de « parlementaires célibataires » qui, selon lui, auraient du voter en faveur du pacs, alors en débat à l'Assemblée nationale. Plus drôle est la séquence où, depuis son luxueux appartement dont la terrasse domine le clocher de l'église Saint-Germain-des-Prés, il invite les téléspectateurs à s'apitoyer sur "quelques millions de personnes homosexuelles, comme moi, qui n'ont aucun droit". Un témoignage déchirant qui a sans doute beaucoup fait pleurer dans les chaumières et les tours HLM… (2)

En 2001, Christophe Girard est élu conseiller de Paris sous l'étiquette des Verts, dans le 4ème arrondissement où se trouve le quartier gay du Marais. Le nouveau maire, Bertrand Delanoë en fait son adjoint chargé de la culture. Une fonction où il ne va pas tarder à se rendre utile au mouvement gay. Des associations auxquelles il avait lui-même appartenu comme Act-Up Paris, Prochoix, le Centre Gai et Lesbien et SOS Homophobie obtiennent des subventions de la nouvelle municipalité. Christophe Girard est aussi à l'origine de la subvention octroyée par la Ville de Paris au Festival du Film Gay et Lesbien de Paris dont il fut le président (3). C'est aussi lui qui porta le très controversé projet de centre d'archives homosexuelles alors que cela relevait plutôt de la délégation de l'adjointe chargée de la mémoire, Odette Christienne, projet qui sera d'ailleurs confié initialement à son vieil ami Jean Le Bitoux, fondateur du magazine Gai-Pied dans les années 1980... Il faut dire que, pendant la campagne électorale de 2001, Christophe Girard s'était personnellement engagé auprès des activistes du Centre Gai et Lesbien à soutenir la création de bibliothèques homosexuelles.

A peine avait-il pris ses fonctions à la mairie de Paris que le nouvel adjoint à la culture proposa la création dans le bâtiment désaffecté du théâtre de la Gaîté-Lyrique d'une bibliothèque dotée d'une section gay et lesbienne. "Comme à San Francisco", précisa-t-il… Cette initiative suscita une levée de boucliers, y compris parmi des relais habituels de la gauche qui s'offusquèrent à l'idée que l'on puisse opérer un tri parmi les œuvres littéraires en fonction des pratiques sexuelles réelles ou supposées de leurs auteurs. L'affaire tournant au ridicule dès lors que Christophe Girard promettait à ses contradicteurs, comme Delfeil de Ton, auteur d'un éditorial irrévérencieux dans Le Nouvel Observateur, qu'ils auraient affaire à la police communautaire -Act-up Paris, SOS Homophobie-, et affirmait sa détermination : face au tollé provoqué par cette proposition, Girard persiste : "Je défendrai la communauté à laquelle j'appartiens et qui a de grands besoins dans ce domaine". (4)

Même si Bertrand Delanoë préféra alors désavouer son bouillant adjoint, leur complicité ne fut pas entamée pour autant. Unis par une même conception festiviste de la politique, qui a notamment accouché de la fameuse Nuit Blanche -une inspiration de Christophe Girard-, le maire de Paris et son adjoint défilent chaque année côte à côte à la Gay Pride.

C'est un véritable pacs politique qu'ils ont signé.

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(1) Yves Derai, Le Gay Pouvoir, Ramsay, 2003.
(2) François Devoucoux du Buysson, Pariscide, La Table Ronde, 2005.
(3) François Devoucoux du Buysson, Les Khmers Roses, Blanche, 2003.
(4) Voir son interview dans Citegay (cliquer ici)

Les Khmers roses