Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

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Circulation et pollution : la guerre des chiffres

Une étude d'Airparif (organisme francilien chargé de mesurer la qualité de l'air), dont Le Perroquet s'est procuré un point d'avancement, tente d'évaluer l'impact de la politique des transports de Bertrand Delanoë sur la qualité de l'air. Selon ses premières conclusions, la pollution atmosphérique due au trafic aurait reculé à Paris depuis 2002 avec une baisse de 32% des émissions d'oxydes d'azote, grâce aux progrès technologiques plutôt qu'aux aménagements de la circulation.



Circulation et pollution : la guerre des chiffres
S'il est de notoriété publique que la pollution baisse à Paris depuis les années 90', en raison des progrès de l'industrie automobile notamment, une étude d'Airparif sur l'impact de la politique des transports sur la qualité de l'air évalue à 6% la baisse des émissions polluantes attribuables aux seules conditions de circulation (aménagement de voirie et surtout baisse du trafic).

Alors que les résultats définitifs de cette étude ne seront rendus qu'en janvier, la garde rapprochée de la mairie de Paris, fort excitée, n'a pas manqué d'organiser quelques fuites, notamment auprès du journal Le Monde. Dans un article des plus complaisants daté du 20 décembre, Béatrice Jérôme y loue l'action de notre bon maire : « sans les nouveaux couloirs de bus, les pistes cyclables et les quartiers verts, la pollution aurait baissé moins vite à Paris » (cliquez ici). Voilà de quoi inciter Le Perroquet à aller à la source !

Le Perroquet souligne tout d'abord qu'il s'agit d'un travail effectué pour, et payé par, la ville de Paris. Cela ne condamne pas du tout l'étude à nos yeux. Mais cela condamne ceux qui déniaient toute valeur à l'étude de Rémy Prud'homme et Pierre Kopp (cliquez ici) en disant qu'elle avait été faite pour, et payée par, l'Automobile Club (ce qui, de plus, était totalement faux !). Pour la ville de Paris, les études objectives sont les études payées par la ville de Paris.

Rien n'aurait été très gênant jusque là si les données relatives à la circulation utilisées par Airparif n'émanaient pas... de l'Hôtel de Ville ! En effet, les chiffres de la Direction de la Voirie et des Déplacements sont repris tels quels dans l'étude, sans analyse critique... (lire la fiche méthodologique d'Airaparif, page 3) Ont-ils été imposés par la ville de Paris ? Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils semblent peu crédibles :

  • il est particulièrement étonnant, d'un point de vue méthodologique, de publier en 2006 des résultats comparant 2002 avec 2007...

  • selon les données de la Ville, le trafic de bus aurait augmenté de 10% ; la RATP, qui doit savoir, indique une stagnation entre 2002 et 2005, mais n'a pas encore publié les chiffres de 2007, ni ceux de 2006 !

  • selon ces données, la vitesse de la circulation n'a pas diminué du tout ; à quel Parisien fera-t-on croire cela ? En effet, pourquoi la circulation aurait-elle diminué, alors que l'offre de transport n'a pas augmenté, sinon parce qu'il y a davantage d'embouteillages ?

  • toujours selon la mairie, le trafic lié aux livraisons aurait augmenté de 25% : allez donc dire aux livreurs qu'ils roulent aussi vite et qu'ils sont 25% plus nombreux: succès assuré !

  • si la vitesse est la même et s'il y a moins de trafic, alors que les rejets unitaires des véhicules ont fortement baissé, comment expliquer que les rejets polluants aient augmenté sur un certain nombre de voies, comme l'admet Airparif ?

Si Airparif a une compétence indiscutée en matière de pollution de l'air, il n'en est rien en matière de transport. Gageons que la guerre des chiffres ne sera pas refermée avec cette nouvelle étude, qui arrive trop vite après l'inauguration du tramway pour ne pas semer le doute dans nos esprits...


Pour lire le point d'avancement de l'étude Airparif, cliquez-ici


Suite à la mise en ligne de cet article, nous avons reçu la réaction d'un lecteur que nous publions intégralement :


Cher Perroquet,

Merci pour cet excellent article.

Moi aussi il ne m'a pas échappé que les chiffres portaient sur le futur (2007 alors qu'on est en 2006 !!). Je sais aussi que la RATP tardera à publier les données de 2006, alors pour 2007…

Ce matin j'avais lu l'info dans le journal '20 minutes' sans relever ce fait. Plus tard, France Info reprit la nouvelle, en attribuant le gros de la baisse aux couloirs de bus –ce que l'étude ne dit pourtant pas--.

Alors perroquet libéré, laissez-moi vous donner d'autres éléments que j'ai relevés et que je soumets à votre sagacité. En effet, Airparif et la Mairie ne manqueront pas de se draper du fait que l'étude n'est que modélisation, aussi il convient de ne pas leur laisser ce retranchement.

a- Je suis un modeste statisticien, assez féru de modélisation et de mathématiques et diplômé de l'ISUP. Et pourtant je dis que je ne m'explique pas comment, Airparif a pu dire que la baisse de 32 % de pollution se décompose en fait en une baisse 26 % due à la rénovation technique du parc automobile, puis de (seulement) 6% dus aux travaux pharaoniques du père Ayatollah Baupin (tout ça pour ça…..). Mais franchement, comment peuvent-ils obtenir une telle décomposition : je suis perplexe.

b- Le 3 octobre 2005, Airparif était moins complaisant à l'égard de la Mairie de Paris. En utilisant semble-t-il ces belles modélisations, avec le même type de cartographie (1), les intéressés obtenaient des résultats à l'opposé de ceux publiés aujourd'hui. J'en veux pour preuve, selon une dépêche AFP du dimanche 02/10/2005 intitulée ‘Le JDD publie une nouvelle cartes des rues les plus polluées à Paris' qu'on ne peut mieux faire ici que citer dans son intégralité :

PARIS (AFP) - Une nouvelle carte de la pollution des rues de Paris réalisée à partir des travaux d'Airparif, réseau de mesure de la qualité de l'air en Ile-de-France, est révélée par Le Journal du Dimanche, pour lequel "une grande partie des rues et des boulevards de capitale baigne dans un air trop pollué".

De nouvelles cartes de la pollution doivent être rendues publiques officiellement dans quinze jours, réalisées sur des données 2004, affirme le JDD.

Ces cartes dont le journal a synthétisé et publié "la plus significative d'entre elles", permettent, assure le JDD, "de constater que la politique de réduction de la circulation menée depuis 2001 par l'équipe municipale dans la capitale n'a pas été suffisante pour améliorer la situation".

La carte détaille rue par rue les niveaux de dioxyde d'azote, "le polluant qui résume le mieux la pollution à tous les coins de rue de la capitale", principalement due à la circulation automobile.

Selon cette carte, sont notamment très pollués (plus de 60 microgrammes de dioxyde d'azote par mètre cube) des axes comme le boulevard périphérique, des sections de la rue d'Alésia, rue de Vaugirard, rue de Rennes, bd de Sébastopol, rue de la Chapelle, rue de Bagnolet.

En 1998, une première cartographie avait été réalisée par Airparif, elle avait été révélée en 1999 par le JDD et rendue plus tard publique sur le site internet d'Aiparif.

La version définitive de ces nouvelles cartes doit être présentée le 14 octobre au Conseil d'administration de l'organisme, jour de clôture de l'enquête sur le plan de protection de l'atmosphère (PPA) élaboré par la préfecture d'Ile-de-France.

Airparif n'avait pu être joint dimanche par l'AFP.

Interrogé dimanche par l'AFP, Yves Contassot, adjoint (Verts) à l'environnement à la mairie de Paris, a exprimé sa "surprise" d'avoir "découvert cette carte dans un document sur la santé" et accusé Airparif de "refuser de communiquer les cartes détaillées".

"Ces cartes sont un enjeu majeur", a-t-il [dit] en accusant Airparif de "déni d'information". Il demande que l'enquête sur le PPA auprès des Franciliens soit "reportée" au delà du 14 octobre.
……

Je constate qu'AirParif se garde bien de faire référence à cette étude du 2 octobre 2005, pourquoi ?

Question à Airparif : laquelle des études est la plus fiable, celle qui portait sur 2004 comparé à 2001 et qui montrait des résultats mettant Contassot hors de lui obligeant Airparif a être injoignable ou la nouvelle « étude » comparant 2002 à 2006 (ou 2007 ??) et montrant une baisse de 32% ?!

Bien à vous

A.R.

Mercredi 20 Décembre 2006
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