Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

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Delanoë / Lagardère : la dérive berlusconienne

La gauche bien-pensante, dans laquelle l'actuel maire de Paris se reconnaît bien, est souvent la première à s'émouvoir des connexions douteuses que Berlusconi entretient, en Italie, entre politique, affaires et médias. Dans l'ombre parisienne et de manière indirecte, Bertrand Delanoë n'est pourtant pas loin de promouvoir le même modèle, en cultivant l'amitié qui le lie à l'industriel Arnaud Lagardère, géant des médias, pour lequel nul cadeau ne semble assez beau.



Lagarmaire

Ils ne se quittent plus... (droits réservés)
Ils ne se quittent plus... (droits réservés)
Déjà ami de son père, le marchand de canons Jean-Luc Lagardère, Bertrand Delanoë a reporté son affection sur Arnaud, actuel PDG de Lagardère Group qui figure dans le peloton des 20 patrons français les mieux rémunérés.

C'est à lui notamment que Delanoë confia le soin de récolter des fonds pour la candidature de Paris 2012, tâche qu'il assura avec succès en rassemblant une vingtaine de grandes entreprises françaises (1) et plusieurs dizaines de millions d'euros. Du très beau travail pour financer la fusée présidentielle du maire de Paris qui, malgré ce solide soutien promotionnel, explosa en plein vol.

Avec le géant des médias Lagardère, Delanoë a tout à gagner. Détenteur du puissant groupe mondial Hachette Filipacchi Médias, le jeune Arnaud est à la tête de 60 magazines français, dont Paris Match, diffusé chaque semaine à 700.000 exemplaires. Lagardère Group, c'est aussi plusieurs radios (Europe 1, Europe 2, RFM) et, avec la récente prise de participation de Canal + France, un poids lourd de la télé (Groupe Canal+, TPS,…) et de la production audiovisuelle.

A Paris, Lagardère représente 25% du journal Le Parisien, peu mordant envers la majorité municipale, L'Equipe, le JDD (et son supplément Paris) et 17% du journal Le Monde, qui travaille actuellement à la sortie d'un quotidien gratuit dans la capitale (2). Sans parler de quelques prises de participations de 49 % dans les régies publicitaires du groupe Le Monde, ce qui donne à Lagardère l'entier contrôle des moyens de financement du quotidien de l'intelligentsia parisienne.

Dans la hotte du Maire Noël

Loin d'être freinée par son ami Bertrand, cette concentration multimédias (3), que tout socialiste honnête devrait juger dangereuse pour la pluralité et la qualité de l'information, est encouragée par la mairie de Paris ! Ainsi, la majorité de gauche du Conseil de Paris a confié fin 2005 la gestion des kiosques à journaux à une filiale du groupe Lagardère qui, déjà propriétaire de la marque Relay, se trouve désormais dans une situation quasi-monopolistique dans la capitale.

A cela s'ajoute la belle vitrine que Lagardère se constitue, avec l'appui de son ami Bertrand, dans le milieu sportif. Avec sa très mégalo « Lagardère Team », qui se veut un centre « d'expertise scientifique » (sic) pour l'élite sportive, Arnaud cherche à s'installer un peu partout dans Paris !

D'abord au stade Jean Bouin, troisième stade de la capitale, dans l'ouest parisien. En juillet 2004, en effet, le conseil de Paris a prolongé le contrat d'occupation du stade Jean Bouin et de ses dépendances (gymnase, terrains de tennis), pour 20 ans, par l'association Paris-Jean-Bouin-CASG, conduite par Arnaud Lagardère qui venait fort opportunément de s'en rapprocher. Aussi a-t-il pu implanter son centre "Team Lagardère", inauguré par Delanoë en personne le 13 décembre 2005. Avec ses 1.800 m² d'installations dédiées à l'étude scientifique, le centre est entré en activité dès janvier 2006, date à laquelle la municipalité annonçait déjà l'agrandissement de l'enceinte, qui passerait de 10.000 à 20.000 places, et la rénovation de multiples équipements attenants (4).

Plus sensible encore est le renouvellement de la concession du site de La Croix Catelan, actuellement sous la responsabilité du Racing Club de France (5), pour lequel Lagardère s'est porté candidat. Celui-ci ne douterait guère du choix de son ami Bertrand (6), pour mettre la main sur près de 7 hectares dans le bois de Boulogne comprenant 48 terrains de tennis, deux piscines, des terrains de volley et de basket, une piste d'athlétisme et diverses installations. Un ensemble estimé à 50 millions d'euros.

Sur ce dossier, le maire de Paris a d'ores et déjà précisé qu'il prendra sa décision « au regard de plusieurs critères non hiérarchisés et non exhaustifs » (7). Faut-il comprendre que le maire décidera selon son bon plaisir ?!

Si Arnaud décrochait à nouveau le pompon, il pourrait dire un grand merci à son ami Bertrand (8)...

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(1) Accenture, Accor, Airbus, Air France, Bouygues, Carrefour, Crédit Agricole, EDF, France Télécom, GDF, Lafarge, Lagardère, LVMH, Groupe Publicis, RATP, Renault, Sanofi Aventis, Sodexho, Suez et VediorBis.
(2) Selon le journal Libération, la maquette et le numéro zéro sont déjà prêts.
(3) Le groupe est aussi présent dans la littérature, avec Grasset, Stock, Lattes ou Fayard, le livre de jeunesse, le tourisme, l'éducation et les dictionnaires, avec Larousse.
(4) Cf. notre article dédié
(5) Le RCF est une association à but non lucratif qui constitue l'un des premiers clubs omnisports du monde.
(6) Le Canard Enchaîné du 1er mars 2006.
(7) Réponse à une question de René Le Goff, Conseil de Paris, 27 et 28 février 2006 ; pour lire l'intégralité de la réponse, cliquez ici.
(8) Un hasard ? Paris Match, propriété de Lagardère, publie le 9 mars 2006 un sondage qui place Bertrand Delanoë nettement en tête (62%) devant sa rivale Françoise de Panafieu (36%), effectué selon une méthodologie plus que discutable : l'échantillon de 1 005 personnes a été sélectionné à un échelon national et non parisien !

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Mercredi 08 Mars 2006
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