Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

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Delanoë ne rime pas avec laïcité

A trois reprises, le maire de Paris a fait voter par le Conseil de Paris des décisions de dénomination de lieux de la capitale qui constituent de graves atteintes au principe de laïcité. Juifs, musulmans, chrétiens... Personne n'est oublié dans ces petites attentions qui ont un arrière-goût d'électoralisme.



L'émir et le maire

L'émir Abdelkader a désormais sa place à Paris (DR)
L'émir Abdelkader a désormais sa place à Paris (DR)
A l'occasion de la séance du 15 mai 2006, Bertrand Delanoë a ainsi fait voter par les élus parisiens une résolution baptisant (si l'on peut dire!) "place de l'Emir Abdelkader" un espace situé dans le 5ème arrondissement.

Bel hommage pour un chef de guerre qui, comme le précise avec délectation le texte de l'exposé des motifs signé par le maire, n'a eu de cesse de combattre les Français.

Il y a d'ailleurs beaucoup à dire sur la lecture que fait le maire de Paris du parcours de ce chef tribal qui est présenté de façon surprenante comme "le fondateur de l'Etat algérien".


Lire l'exposé des motifs et la délibération

Theodor, il adore !

Theodor Herzl, fondateur du mouvement sioniste
Theodor Herzl, fondateur du mouvement sioniste
Dans le même temps, le maire de Paris a donné le nom de Theodor Herzl à une place du 3ème arrondissement.

Là aussi, il y a de quoi s'étonner que l'on honore à Paris le fondateur du sionisme dans la mesure où son projet de création d'un Etat juif marquait une rupture avec l'idée de l'émancipation des juifs portée notamment par Condorcet. C'est d'ailleurs ce que souligne l'exposé des motifs présenté aux élus : "Théodore Herzl en vient à la conclusion que l'émancipation juive ne pouvait suffire parce qu'elle ne parviendrait pas à arracher l'aversion vis-à-vis des Juifs, parfaitement enracinée dans l'esprit des nations".

C'est très intéressant, mais on ne voit pas bien le rapport avec Paris et son histoire...

Lire l'exposé des motifs et la délibération

Le Saint-Maire

Delanoë ne rime pas avec laïcité
Les chrétiens ne pouvaient pas être en reste. Aussi Delanoë n'a-t-il pas tardé à leur donner un os à ronger.

Un mois plus tard, une résolution était votée afin de donner le nom de Jean-Paul II au parvis de Notre-Dame,. Une décision inhabituelle dans la mesure où la règle veut que l'on n'honore des personnalités que cinq ans au minimum après leur mort, condition non remplie dans le cas de Jean-Paul II, décédé en 2005. Et dire qu'on reprochait au précédent pape de canoniser à tour de bras et à toute vitesse... Le maire de Paris va encore plus vite en besogne !

Jusqu'ici, il n'était pas dans la tradition républicaine française de donner le nom des souverains pontifes à des emplacements publics. Ce qui n'empêchait pas de recevoir les titulaires du trône de Saint-Pierre avec les égards dus à un chef d'Etat étranger. Aussi peut-on légitimement se montrer surpris, voire embarrassé, par la décision du maire de Paris et la précipitation qui l'a caractérisée.

Lire l'exposé des motifs et la délibération


Oecuménisme ou électoralisme ?

Surtout, ce qui frappe dans cette batterie d'hommages municipaux, c'est le soin apporté au choix des emplacements. Ainsi, la place de l'Emir Abdelkader est à deux pas de la Mosquée de Paris. De même, la place Herzl a été judicieusement située à quelques rues du quartier du Marais qui est connu pour ses commerces juifs, comme ceux de la rue des Rosiers, et qui accueille plusieurs lieux de culte ou de mémoire du judaïsme français.

Chaque communauté est ainsi priée d'y lire une attention toute particulière du maire de Paris. Il semble loin le temps où l'on honorait plutôt des figures dans le but de souder l'ensemble de la population autour de symboles forts de la mémoire commune et l'oecuménisme dont fait preuve Bertrand Delanoë semble surtout électoral.



Sur le communautarisme de Bertrand Delanoë, lire aussi sur le site de l'Observatoire du communautarisme Delanoë et Sarkozy : même combat !

Vendredi 16 Juin 2006
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