C'était au début de l'an de disgrâce 2007 et je me désespérais au spectacle des rues éventrées, des boulevards atrophiés, des panneaux à décor de gazoducs expliquant la circulation dans les quartiers verts. Je voyais le visage de Paris, ma ville bien aimée, balafré sans aucune réaction des indignés chroniques de l'intelligentsia. Le peuple parisien, avec ce bon sens qui court-circuite ses neurones, s'agaçait bien du creusement de cette taupinière municipale. Mais, nulle part, les grandes consciences ne posaient les bonnes questions. Quant aux journaux, ils reprenaient les communiqués de presse de la mairie.
Parce que j'avais autre chose à faire, je me taisais. Autre chose à faire … c'est un alibi pour la lâcheté ou la fainéantise, non ? Et puis, un jour, le hasard me conduisit aux abords d'une gare du Nord transformée en une immense foire au poteau, un jamboree des réverbères. Trop c'était trop et plus encore. Maltraiter ainsi le sanctuaire où les dernières friteries de Paris ont survécu jusqu'au milieu des années 1980 …
Prostré et accablé, j'entendis soudain comme une voix. Le préfet Haussmann ! D'outre-tombe, il m'apostrophait, moi, misérable vivant. Quel honneur insigne …
Une conversation riche d'enseignements s'ensuivit. Par respect pour son œuvre et ses titres nobiliaires, je lui ai demandé de bien vouloir la rapporter lui-même et préfacer ainsi mon ouvrage. Je sais bien que, dans notre époque d'impiété, beaucoup douteront que ce témoignage soit authentique. Tant pis pour eux.