Pour la population, chaque nouvelle initiative de la mairie dans le domaine de la circulation apporte son lot de contraintes et de désagréments. Sans doute la pilule passerait-elle mieux si les gens avaient au moins le sentiment que ces peines sont également réparties. Il faudrait pour cela que les élus donnent le bon exemple en laissant leurs grosses berlines au garage pour se mettre aux transports en commun ou au vélo.
Un exemple parmi d'autres de la manière avec laquelle les élus s'appliquent à eux-mêmes les règles qu'ils imposent au pékin moyen, cette réponse de Jean-Bernard Bros, adjoint au maire de Paris chargé du tourisme, à une question posée par Le Parisien en juin 2006: "Ce soir, j'ai une réunion à l'autre bout de Paris. Si j'étais sûr de pouvoir trouver un taxi en sortant, je n'irais pas avec ma voiture personnelle". En voilà un qui, à aucun moment, n'envisage de prendre le métro ou d'enfourcher son vélo pour se déplacer dans Paris. L'adjoint au tourisme ignore peut-être ce que préconise son collègue chargé des transports...
Dans l'ouvrage qu'elle a consacré au maire de Paris (Le marchand de sable, paru en 2006), la journaliste Sophie Coignard apporte de ce point de vue quelques informations intéressantes. Elle fait part notamment de son étonnement en apprenant que ses interlocuteurs à la mairie de Paris étaient contraints, comme elle, de décaler des rendez-vous pour cause… d'embouteillages ! Elle relate ainsi la conversation qu'elle a eue avec Anne-Sylvie Schneider, directrice de la communication de la Ville de Paris, et à ce titre chargée de diffuser la bonne parole anti-voiture du maire et de ses adjoints.
"Ce jour-là, je rencontre une fois encore Anne-Sylvie Schneider, Madame information et communication à la mairie de Paris. Je présente mes excuses pour mon léger retard et, enhardie par mon expérience précédente, explique que j'étais dans un horrible embouteillage. ‘Ah oui, me répond-elle, à cause d'un camion accidenté. Moi aussi j'ai eu peur d'être en retard pour notre rendez-vous…'. Là, je n'y tiens plus :
- Parce que vous venez en voiture ?
- Oui, c'est plus commode. J'habite à l'Alma. Je mets sept à huit minutes alors qu'en métro il m'en faut environ vingt. Et puis ici, j'ai un parking, alors que je n'en ai pas à mon domicile. Mais après, pour mes déplacements dans la journée, je prends les transports en commun
Tout le monde, même dans le proche entourage du maire, a donc une -bonne ?- raison d'utiliser son véhicule personnel."
Prendre sa voiture dans le seul but de gagner un quart d'heure, n'est-ce pas justement le genre de comportement égoïste et anti-civique que la mairie de Paris prétend éradiquer ?
Tout aussi éloquent, Sophie Coignard raconte comment l'horaire de la Journée sans voiture a été aménagé pour faire plaisir à Anne-Sylvie Schneider. Au départ, Denis Baupin, toujours maximaliste, voulait interdire la circulation dans la capitale pendant un dimanche entier, dès 7 heures du matin. Au cours d'une réunion, Anne-Sylvie Schneider exhorta l'adjoint aux transports à davantage de modération en prenant pour exemple son cas personnel : habituée à aller au golf tous les dimanches, elle n'allait tout de même pas se lever à l'aube ! Et c'est ainsi que le début de la Journée sans voiture a été repoussé à 10 heures… Les automobilistes ont donc heureusement une alliée de poids dans le premier cercle du maire de Paris : il ne reste plus qu'à espérer que la directrice de la communication de la Ville finisse par aller tous les jours au golf.
Plus fort encore, Sophie Coignard révèle que Denis Baupin se rend tous les matins à l'Hôtel de Ville grâce à une voiture de la mairie qui passe le prendre chez lui. Denis Baupin ! Celui qui dit pis que pendre des automobilistes… L'homme qui recommande aux Parisiens de prendre les transports en commun et qui fait sans cesse l'éloge du vélo… C'était bien la peine de faire installer des parcs à vélo dans la cour de l'Hôtel de Ville ! Les écolos ne les ont pas utilisés longtemps… Quant à Bertrand Delanoë, on n'est pas près de le voir traverser Paris en vélo et, d'après Pascal Sevran, il ne se sépare de son chauffeur que pour quelques visites à caractère privé.
Ces libertés prises à l'égard des consignes municipales ne semblent pas être des cas isolés. Comme le montre une note de la Direction des moyens généraux, que Sophie Coignard a publiée dans son livre, la consommation en litres de carburant des véhicules de la Ville de Paris a cru de 8% entre 2001 et 2004. Pendant cette période, on constate avec stupéfaction que la consommation de gazole -le carburant le plus polluant- a augmenté de 10%. Faites ce que je dis, mais surtout pas ce que je fais…