Retombant par hasard sur le mail envoyé à votre intention, je me suis demandé "hé bien, est-ce qu'ils auront osé le diffuser ?" et je vois que mes réflexions ont fait l'objet de débats animés. Tant mieux !
J'aimerais répondre très rapidement aux différents contradicteurs, en les remerciant pour leur ton modéré. Merci aussi aux plus rares messages soutenant mon propos.
Le professeur Prud'homme répond de manière scientifique à ma vision ensembliste des problèmes. Ayant moi aussi l'esprit scientifique, je me permets de donner un exemple concret qui permettra de comparer mon ratio (un parisien sur deux n'a pas de voitures) auquel le professeur trouve à redire : à ses yeux, la voiture partagée par un foyer de 5 personnes doit être impactée par le fait que ces 5 parisiens possèdent une voiture. A ce titre, je me félicite donc d'avoir des centaines de pistes cyclables dans le 15ème puisque nous devons bien être quelques centaines à les utiliser ! En réalité, il n'y a bien qu'une seule voiture pour ce foyer et qu'une seule piste cyclable pour le 15e. Si je prenais cette fois le nombre de voitures divisé par le nombre d'habitants , on retrouverait plus probablement mon ratio.
Les deux grilles de lectures, on le voit, peuvent être vues comme un peu "spécieuses" par un "camp" ou l'autre. Afin de dépasser ce clivage, il serait plus intéressant de définir des indicateurs sur l'utilisation réelle des différents modes de transport : notre foyer susnommé a probablement une utilisation des transports en communs, du vélo ET de cette voiture.
Admettons avec le professeur que le trafic diminue très doucement sur Paris, faut-il s'en attrister avec lui et rejoindre le constat que cette diminution est le corollaire de moins d'emplois sur Paris intramuros et donc un signe en réalité de 'décroissance' non souhaitable ? Pourquoi en ce cas Singapour est-elle une économie compétitive mais qui impose parallèlement le co-voiturage ? N'est ce pas la preuve que l'équation voiture individuelle = emploi, chère au professeur Prudhomme n'est pas aussi logique qu'il le pense ? Si l'on dépasse un peu le périphérique, je serais curieux de voir les chiffres d'augmentation du trafic automobile en général et des poids lourds en particulier.
Admettons encore que la pollution n'est pas qu'automobile, j'en conviens, mais elle l'est aussi dans des proportions non négligeables et, me semble-t-il, en augmentation alors que les industries polluantes ont -elles- engagé des efforts conséquents. Peut-être avez-vous raison, mais en ce cas, faudrait-il détricoter ce qui a commencé à être fait pour diminuer la place de l'automobile ? Faudrait-il ne pas voir que l'auto pollue avec ses conséquences néfastes sur la santé des individus et celle de la planète ? Nous sommes typiquement devant un problème d'arbitrage entre des intérêts contradictoires et pour schématiser, en visant moins de trafic, vous avez l'impression qu'on aura moins d'emploi tandis que pour moi plus de trafic signifie plus de pollution... Dilemme insoluble ? Pas si sûr si on arrive à concilier en effet des modes de transport efficaces et non polluants avec l'activité économique.
Je prétends pour ma part que cela est possible si tout le monde fait part d'un sens de la responsabilité, d'un peu d'imagination pour sortir d'une vision très statique où chacun s'arcboute sur un raisonnement mono-critère. Il me semble par exemple moins coûteux au regard de l'ensemble des critères (économique, santé, pollution, temps de transport) de favoriser les transports en commun : pour la santé et la pollution, c'est évident. Pour le temps de transport, les réseaux routiers ne peuvent pas éponger indéfiniment une augmentation du traffic et donc on a le phénomène des bouchons pendulaires très fréquents. Que d'heures perdues et que de temps de travail ou de temps en famille gaspillé ! Enfin pour l'économie , il faut comprendre qu'une fois les TC modernisés et rendus plus fiables, le gain de temps sera tel que tout le monde y trouvera son compte, les entreprises et leurs employés.
Je ne dénierai donc pas à mes contradicteurs de demander plus et mieux de TC mais sont-ils les mieux placés pour juger de la qualité de ceux-ci quand ils ne les utilisent pas et cette critique partiellement fondée ne leur permet-elle pas de manière pernicieuse de se contenter du statu quo : puisqu'ils ne fonctionnent pas bien , je garde ma voiture ? Je comprends bien la situation de "M.V" qui souffre de TC bondés qui le ramènent fort tard chez lui, mais mon souhait est au contraire qu'on déplace les crédits voitures pour les TC de façon à ce que ceux-ci soient plus fréquents et plus rapides.
J'aimerais donc poser les questions suivantes à tous mes contradicteurs : l'attachement à votre voiture est-il toujours rationnel (cf "oppressée par les Velib " : deux places de stationnement voitures remplacées par un parking à vélo de grande capacité et c'est un crime de lèse stationnement !) ? Pourriez-vous l'utiliser moins ? Avez-vous pensé à étudier l'offre de transports en communs ? Comment faites-vous personnellement pour lutter contre le réchauffement climatique ?
Pour ma part, je suis en effet un affreux privilégié : je travaille parfois chez moi en télétravail, je prends le TGV pour me rendre chez mes clients, les transports en commun et mon vélo quand je suis en Ile de France. Je pourrai aussi avoir une voiture, car j'aime aussi aller en banlieue ou en province me mettre au vert. Mais j'ai décidé de ne pas en avoir notamment pour lutter contre le réchauffement climatique. Ai-je tort ? Suis je uniquement 'privilégié' ou n'ai je pas aussi montré qu'on pouvait agir à son propre niveau?
Je comprends bien que certaines personnes ont besoin de leur voiture. Mais la question que nous devrions tous nous poser est "pouvons nous l'utiliser moins, et comment ?". Je ne suis pas d'accord notamment avec Maurice J qui conditionne son passage aux TC au moment où ceux-ci seront d'une qualité parfaite, c'est trop pratique pour ne rien décider entre temps ! Et non, ce ne sont pas les plus pauvres qui n'ont pas de moyens de se déplacer autrement . Eux n'ont pas de voiture tout court ! Non encore une fois sur l'impact économique des travailleurs qui se déplacent en voiture : ce n'est pas leur déplacement qui crée de la richesse mais leur travail (sauf s'ils sont taxis ou chauffeurs de bus !). Quand leur voiture tombe en panne, s'arrêtent-ils d'exercer ? Non, ils cherchent une alternative.
A Londres, métropole très étendue, les temps de transports sont en effet importants et leur coût aussi. En revanche, on se fait une carte "oyster", le navigo local , en cinq minutes et un bus ne démarre pas si une seule personne n'est pas en règle. Mon bus roulait toute la nuit de Picadilly Circus au district à l'est de Brixton où je séjournais, à une demi-heure. Le problème des temps de transport sur Londres est aussi le corollaire des loyers démentiels, dûs au fait que la city et ses environs ont une concentration de très hauts salaires qui boostent l'immobilier. Donc la comparaison est difficile avec Paris. Mais curieusement, la politique "anti voiture" de Ken le Rouge semble fort bien acceptée par la majorité de la population. Je pense d'ailleurs que celle de Delanoë l'est aussi comme le montrent les enquêtes d'opinion.
Pour conclure, si je me sens parfois anti-bagnole lorsque je me fais frôler par un automobiliste inconscient, j'ai l'impression d'être quand même moins dangereux à vélo pour mes concitoyens , la santé publique et l'air qu'on respire ! C'est un cheminement lent qui m'a conduit à cette position, à force de lire des articles, de me sensibiliser sur le problème dans sa globalité, et pas du tout d'un point de vue "bobo privilégié" (mais je vous le concède, rouler dans Paris dans des zones interdites aux voitures est un pur plaisir). Cette démarche m'a permis de concilier l'intérêt général avec ma sensibilité propre.
Et vous, y arrivez-vous ?
David G