La campagne municipale de l'UMP a de quoi dérouter.
Donnée perdante face à un maire sortant archi-favori, on pouvait s'attendre à ce que Françoise de Panafieu se montre offensive et profite de toute la durée de la campagne pour rattraper son retard. Elle avait d'ailleurs été aidée en cela par l'entrée en lice prématurée de son adversaire qui a du précipiter le calendrier pour ne pas laisser le champ libre à Ségolène Royal au sein du PS, dont la conquête constitue le véritable objectif de Bertrand Delanoë.
Déjà trois mois sont passés depuis le début de la campagne. Trois mois qui n'ont guère été utiles côté UMP où les débats de fond ont été délaissés pour se concentrer sur une laborieuse désignation des têtes de liste. Une procédure il est vrai retardée par les tractations visant à éviter à Jean-Marie Cavada de finir maire du 12ème arrondissement, ce qu'il semble trouver infâmant (
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Pendant ce temps-là, Bertrand Delanoë multiplie les escarmouches contre sa rivale en ne s'interdisant pas de recourir aux
attaques personnelles. Des coups bas qui ne suscitent que de molles réactions à droite. En réaction aux coups de la gauche, Françoise de Panafieu tend la joue droite.
Pourtant, les sujets d'affrontement, au sens noble du terme -choc des opinions, confrontation des projets-, ne manquent pas. Des sujets jugés essentiels par la population, comme le logement ou la circulation, se prêtent en effet à de vifs débats alors que la municipalité sortante essaye d'embrouiller commentateurs et citoyens avec des chiffres aux contours flous, en s'abritant derrière ses bonnes intentions pour justifier ses réalisations les moins convaincantes. Mais, à rebours du principe qui veut qu'on doit éviter dans la mesure du possible de livrer bataille sur le terrain choisi par l'adversaire, la droite parisienne tombe dans le panneau. En faisant de la surenchère dans les promesses chiffrées de logements sociaux, elle contribue à crédibiliser les chiffres pourtant controversés de la mairie.
Françoise de Panafieu n'a pas non plus saisi la perche que lui a tendue le président de la République en imposant la nécessaire réforme du Grand Paris dans le débat parisien. Ce thème, qui permettait d'esquisser de vraies réponses aux attentes de la population et de poser la question de l'attitude à l'égard des banlieusards souffrant quotidiennement de la politique de circulation du tandem Delanoë-Baupin, n'a pas été repris par la candidate UMP. Elle aurait pu s'en saisir en utilisant son mandat de député pour le pousser à l'Assemblée nationale. L'inertie des élus franciliens de droite sur ce dossier a ainsi permis à Bertrand Delanoë de se présenter en fédérateur de la métropole alors qu'il a en réalité gelé le Grand Paris pendant toute la durée de son mandat en l'enlisant dans des négociations bitalérales dénuées d'ambition.
Il y avait aussi beaucoup à dire sur le clientélisme institué par l'actuel maire de Paris qui a modifié le profil des bénéficiaires pour mieux maintenir la pratique qu'il dénonçait jadis. De la célébration officielle -avec promotion sur le site internet de la Ville- de la fin du ramadan à la subvention du CRAN (l'association noire qui veut interdire Tintin au Congo...), le maire sortant chouchoute les
"communautés" rompant avec la tradition républicaine héritée de la Révolution de ne pas encourager les corps intermédiaires entre les citoyens et leurs représentants. Force est de constater par exemple que les gays représentent pour Delanoë aujourd'hui ce que les corses étaient pour Tibéri : une clientèle de choix à qui on ne refuse rien. Restant muette sur les dérapages -la gabegie des archives homosexuelles, le financement d'un festival lesbien ouvertement discriminatoire ou d'un groupe violent comme Act Up-, la droite a non seulement renoncé à s'opposer à ces abus mais revendique au contraire son approbation des subventions de la Ville dans ce domaine (
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ici) se réclamant même du soutien de GayLib, un groupe de pression qui, sur l'adoption homosexuelle ou le mariage gay, a les mêmes positions que l'extrême-gauche.
Enfin, la droite parisienne ne dit rien sur les largesses consenties par le maire de Paris aux nababs du CAC 40 et à ses copains milliardaires (
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En se présentant, non pas comme une femme libre oeuvrant à un large rassemblement mais comme la candidate du parti du Président, Françoise de Panafieu a abandonné la conduite de sa campagne aux instances parisiennes de l'UMP et contribué à la désignation de têtes de liste selon une logique voulant que l'ouverture n'aille pas au-delà de quelques conseillers chiraquiens et d'un animateur de télé venu de l'UDF.
Que reste-t-il sur le fond quand on renonce à parler de l'éthique républicaine et des institutions et qu'on affaiblit son discours critique en promettant de faire pareil en mieux (plus de logements sociaux, des couloirs de bus moins larges) ? Des banalités sirupeuses sur le développement durable et l'humanitaire qui ne répondent pas aux attentes d'une partie de la population qui n'en peut plus de la politique de Delanoë et qui se réjouissait d'avoir l'occasion d'exprimer son ras-le-bol dans les urnes en 2008.
La droite parisienne semble croire que l'union avec le centre -qui est d'ailleurs loin d'être acquise- suffira à lui assurer la victoire. C'était peut-être valable en 2001, mais c'est sans doute un peu court pour 2008. Car, contrairement aux législatives, les municipales offrent toujours une prime au sortant. Pendant son mandat, ce dernier a pu se constituer un vaste réseau d'obligés et de sympathisants à coups de subventions et d'invitations. Et si Bertrand Delanoë est très populaire (les 3/4 de la population ont une bonne opinion de lui), c'est avant tout parce que la droite n'a pas écorné l'image avantageuse qu'il a lui-même façonnée en s'abstenant de le critiquer pendant la durée de son septennat.