Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

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La droite parisienne abdique devant le communautarisme gay


Dans un pathétique souci clientéliste, la droite parisienne s'est rendue à une attitude complaisante à l'égard du communautarisme homosexuel.

Pas sûr, pourtant, que cela s'avère payant...



L'UMP sur la même ligne que la gauche, l'extrême gauche et... l'extrême droite

Françoise de Panafieu fait son mea-culpa dans Têtu
Françoise de Panafieu fait son mea-culpa dans Têtu

On se souvient qu'il y a quelques années, Françoise de Panafieu s'était attirée les foudres des activistes gay pour avoir critiqué dans une interview à VSD la participation ostentatoire du maire de Paris à la Gay Pride en disant que ce n'était pas la place du maire de Paris de défiler en tête d'une telle manifestation. A l'époque, cette réaffirmation de la neutralité des élus de la République à l'égard des appartenances et des regroupements communautaires constituait une prise de position courageuse allant à rebours de l'air du temps et des formes "modernes" de la démagogie.

La candidate Panafieu n'est plus du tout sur cette ligne. Celle qui prétend rompre avec l'ère Delanoë a paradoxalement gommé tout ce qui la distinguait de son adversaire sur les thèmes imposés dans le débat par le mouvement gay.

Cela a commencé par un communiqué de la candidate UMP affirmant que la droite parisienne n'avait jamais voté contre les subventions "LGBT" (la soumission à cet affreux vocabulaire communautariste dans lequel peu de personnes homosexuelles se reconnaissent n'est pas anodine). Puis il y a eu une surprenante interview au magazine Têtu dans laquelle Françoise de Panafieu en fait des tonnes dans le reniement. On y lit en vrac : l'installation de son siège de campagne dans le Marais est un signe à la "communauté gay", elle a fait une "erreur d'appréciation" en votant contre le pacs (qui n'est pourtant plus tellement homo, si l'on en croit les statistiques...), elle est favorable à la signature des pacs en mairie ("une évidence" pour elle, précise-t-elle), ses quatre enfants vont chaque année à la Gay Pride (trop cool...) et elle irait normalement en tant que maire saluer les organisateurs de la Gay Pride devant les médias.

Ce spectaculaire revirement s'inscrit dans une tentative plus globale de "déringardiser la droite" pour séduire les fameux bobos et célébrer l'air du temps à l'unisson avec la sphère médiatique. Déringardiser... Comme si c'était ringard de défendre la séparation entre sphère publique et vie privée, d'affirmer les valeurs de 1789 qui avaient balayé tout corps intermédiaire venant s'interposer entre les citoyens et la Nation (et, de ce point de vue, la reconnaissance politique des "communautés" tend à reconstituer ce qu'étaient autrefois les ordres et les corporations), comme si c'était ringard de refuser le communautarisme qui réduit les individus à leur pratique sexuelle ou à leurs croyances... Au final, cette entreprise de "déringardisation" de la droite aboutit à s'aligner sur les positions défendues par la gauche et l'extrême-gauche qui ont préempté la démagogie communautariste (sous le thème d'importation -made is USA- des "minorités") lorsqu'elles ont renoncé à la lutte des classes et à la défense des travailleurs. Ironie du sort, elle se rapproche aussi des conceptions identitaires de l'extrême droite, incapables de penser l'universel...

A quelques jours des élections municipales, la question devient la suivante : ce revirement est-il efficace électoralement ? Est-ce que ça paye, la "déringardisation" ? Pas sûr.

L'absence de courage n'a jamais payé

L'UMP Jean-Luc Romero s'est prononcé en faveur de... Bertrand Delanoë
L'UMP Jean-Luc Romero s'est prononcé en faveur de... Bertrand Delanoë

On observera ainsi que la salve de reniements de Françoise de Panafieu n'a pas empêché "le gay de droite" officiel, Jean-Luc Romero, pourtant élu UMP, d'annoncer qu'il voterait pour Bertrand Delanoë. Une décision prise courageusement à une semaine du vote, quand les sondages montraient déjà clairement que la droite était à la ramasse... Certes, cette nouvelle traîtrise de Jean-Luc Romero (qui ne surprendra pas les observateurs les mieux avisés) ne pèse pas lourd : avec sa ligne "sociétale de droite il n'avait rallié que 2% des suffrages sur son nom aux législatives de 2007. Cela dit, le symbole est intéressant car c'est Roméro qui avait poussé la droite à voter en faveur du calamiteux projet de centre d'archives homosexuelles " (100.000 euros de subventions du Conseil de Paris en 2002 gaspillés depuis : le projet est au point mort...). C'est lui aussi qui avait traîné Françoise de Panafieu au Banana Café où elle avait posé devant des go-go dancers en string (où quand la "déringardisation" devient ringarde à souhait...). A gauche, on en rigole encore.

En outre, le journaliste de Têtu qui a interviewé Panaf n'a pas caché sa déception en voyant une des bêtes noires du mouvement gay renier une à une ses propres prises de positions :
"Nous sommes presque désolés au fil de l'entretien de la voir revenir sur tout ce qu'elle a déclaré un peu hâtivement ces dix dernières années (...). Grosso modo, tout ce qu'elle a dit et qui frisait l'homophobie, elle ne le pense plus. (...) C'est littéralement désarmant. On sort de son bureau interloqué."

A l'instar d'Act Up, les militants communautaristes sont des guerriers qui respectent plus ceux qui leur font face que ceux qui gobent tous leurs slogans (auxquels ils ne croient pas toujours eux-mêmes... voir l'épisode du mariage gay) sans ciller.

Quant aux électeurs, on verra si la droite parisienne parvient à les convaincre qu'on peut être dignes de représenter ses concitoyens quand on change de conviction aussi radicalement à la lecture des journaux. Les sujets qui tournent autour de l'identité, de l'individu, des appartenances, des droits, sont des sujets sérieux où il n'est pas forcément souhaitable que tout le monde se mette à penser la même chose.

Surtout, on attend toujours la démonstration qu'un électeur se définit le jour du vote en fonction de ses préférences sexuelles. Un commerçant gay vote-t-il d'abord pour le développement du commerce ou la reconnaissance du mariage gay? Un homosexuel dont l'entreprise est menacée de délocalisation va-t-il être plus sensible à la place de la France dans la mondialisation où à la signature des pacs en mairie? Un couple de femmes soumises à un projet de vente à la découpe de leur immeuble va-t-elle être séduite par le fait que les enfants de Françoise de Panafieu vont à la Gay Pride avant de s'intéresser aux propositions de l'UMP contre la spéculation immobilière ?

Réponse très bientôt...



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Lire aussi une interview (entre deux bandeaux de pubs pour des mecs "TBM"...) de Françoise de Panafieu au magazine gay E-llico

Dans le même registre, pour ceux qui se demandent pourquoi Jean-Marie Cavada s'est lancé en politique : cliquer ici

Vendredi 07 Mars 2008
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