Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

Accueil Accueil    Envoyer à un ami Envoyer à un ami    Version imprimable Version imprimable    Augmenter la taille du texte Augmenter la taille du texte    Diminuer la taille du texte Diminuer la taille du texte

La lettre du Perroquet n°47

Edito : Vélo, le débat volé

Ayons le courage de l'avouer : la frénésie Vélib' nous a surpris. A quelques bornes de la fin de son mandat, il aura suffi que le maire de Paris enfourche son vélo de course pour susciter l'admiration de tous.

On ne s'étonnera pas en revanche que l'initiative Vélib', idée sympathique, ait marqué l'esprit d'un monde journalistique caricaturalement parisien qui, oubliant un peu vite les précédents de Lyon et Rennes, a présenté Vélib' comme une innovation. Le même esprit nombriliste avait déjà conduit les médias à donner à l'inauguration du tram un air de première mondiale (ce qui a bien du faire rigoler les Grenoblois, les Strasbourgeois ou les Bordelais…).

Mais au-delà de l'aveuglement du microcosme, prioritairement intéressé par ses propres loisirs et amusements, la déferlante médiatique Vélib pose quelques questions d'importance. Quand on voit qu'il a suffi à Bertrand Delanoë de mettre en place un système de vélo en libre-service déjà lancé ailleurs (avec une plus grande efficacité : Paris a tout de même eu besoin de six ans pour choisir le prestataire…) pour se voir prédire un destin présidentiel par des « commentateurs », on reste pantois. C'est là un signe révélateur du profond délitement intellectuel et politique qui caractérise le débat parisien et les mœurs journalistiques contemporaines.

Car, on a beau se creuser la tête, on se demande à quelle question fondamentale Vélib' apporte une réponse vitale… Certes, en jouant sur la complémentarité des modes de transport que permet le libre service, le principe initial est intelligent : un individu qui se déplace peut ainsi alterner trajets en taxi, en transports en commun ou en vélo, en fonction des contraintes qui se présentent à lui (conditions météo, distance, chargement,…) . Mais Vélib' ne pourra se substituer aux autres modes de transports et résoudre seul le problème de la circulation parisienne, qui résulte quasi exclusivement d'échanges entre Paris et sa banlieue. Où sont les taxis supplémentaires que tout le monde attend ? Et les allongements de ligne vers la grande banlieue ? Où en est-on de l'interconnexion nécessaire aux trajets banlieue-banlieue ? Au regard des kilomètres parcourus, un critère de plus en plus important en période de gentrification, voiture, RER et vélo ne sont malheureusement pas des moyens de transport substituables ! Aussi est-il aberrant de présenter le vélo comme une alternative ; voire même insultant pour tous ceux qui n'ont pas les moyens d'habiter à proximité de leur lieu de travail (contrairement à beaucoup de ceux qui « éditorialisent » sur le succès de Vélib…).

Qu'importe la banlieue !, semblent considérer les principaux commentateurs de la vie parisienne, trop contents du surcroît de liberté qu'offre Vélib' à leurs semblables. Cette vision étriquée, qui réduit Paris à ses seuls habitants, les conduit-elle au moins à s'intéresser au sort des contribuables parisiens ? Point du tout ! Quelques jours après son lancement, le bilan de Vélib' est décrété positif. Oublions donc l'appel d'offre lancé dans la précipitation pour tenir compte de l'agenda électoral, engendrant du contentieux (recours de Clear Channel), une course au moindre coût (les vélos fabriqués en Hongrie, d'une qualité douteuse) et des avantages suspects accordés au compréhensif opérateur Decaux (généralisation des panneaux lumineux avec publicités défilantes, possibilité accordée aux camions publicitaires de circuler dans Paris), comme au bon vieux temps du RPR… C'est pourtant ce type de débat qui permet de distinguer le bon du mauvais gestionnaire.

Deux millions de sorties en Vélib, nous dit-on… Mais ça veut dire quoi ? A quoi faut-il comparer ce chiffre pour le comprendre ? Et quel pourcentage de bugs, de tentatives d'emprunt avortées ? La transparence consiste-t-elle à n'évoquer que ce qui marche ? Et que se passera-t-il quand la bise sera venue ? Les journaux comptabiliseront-ils le nombre de Vélibs abandonnés sous une pluie glaciale dans la tristesse de leur gris muraille métallisé ?

En tous cas, le dopage au marketing et à la communication semble plutôt réussir, pour l'heure, à notre Guidon suprême. Mais attention : avant les municipales, la route est encore longue. Et, comme disait l'autre, la pente est forte !

Max Dupré



La lettre du Perroquet n°47
Dans le panneau
Parmi les nombreux bricolages de voirie auxquels se livre la mairie de Paris depuis des années, il faut signaler les innovations en matière de panneaux de circulation. Un exemple parmi d'autres, ce panneau posé à la va-vite au milieu du capharnaüm qu'est devenu le boulevard de l'Hôpital, dans le 13ème arrondissement. Faut-il y voir une consigne de vote subliminale ?

C'est com' ça
A la fin du mois d'août, c'est avec stupeur que les Parisiens ont appris qu'une bataille rangée avait opposée vers la place de Clichy une centaine de jeunes, dont certains étaient armés de machettes et de hachoirs. Un événement surréaliste que le maire de Paris, qui avait communiqué sur la passage de l'ouragan Dean aux Antilles ou le tournoi de pétanque de Paris-Plage, n'a pas jugé bon de commenter. C'est à ce genre de signe qu'on voit la différence entre "l'animateur d'une collectivité locale", comme Bertrand Delanoë se définit lui-même, et un responsable politique.

Pluie d'été
C'était le gag de l'été. Contrairement à son habitude, la mairie de Paris n'a pas communiqué sur les chiffres de fréquentation de Paris-Plage, son animation phare de l'année. Il faut dire que les pluies battantes ont été aussi efficaces que la canicule de 2003 pour vider les berges populeuses de Paris-Plage. Du coup, la municipalité s'est contentée de donner des chiffres de fréquentation des différentes activités proposées (cliquer ici), en mettant sur le même plan le tai chi, le trampoline et le soutien à Ingrid Betancourt (!?). Les mauvais joueurs...

Amis de la laïcité, bonjour
C'est le bulletin municipal qui nous l'apprend : cette année la mairie de Paris organise une grande "Nuit du Ramadan" au Palais Omnisports de Paris-Bercy. A quand la veillée de Pâques au Parc des Princes ?

Les actes de dégradation (même légitimes) sont-ils écologiques ?

Le vert est mis !
Le vert est mis !
C'est la question que pose un de nos lecteurs qui nous adressé le témoignage suivant ?

"A première vue, l'opération semblait être un joli coup de « comm' » : le dimanche 2 septembre, les Verts repeignaient en vert (campagne des municipales en vue ?) 2 panneaux d'affichage placés sur les palissades d'un chantier rue Lepic (Paris 18). Ils voulaient ainsi protester contre la « pollution visuelle » de ces 2 panneaux qui défiguraient le quartier depuis quelques mois avec leurs pubs pour shampooing !
Seulement, à bien y réfléchir, on finit par se dire que la société d'affichage sera bien obligée de faire quelque chose de ces panneaux dégradés. Il faudra soit les nettoyer, en employant quantité d'eau et de dissolvant, soit s'en débarrasser et en fabriquer de nouveaux pour couvrir les prochains chantiers. Quelle que soit l'option choisie, le bilan écologique de cette opération menée par les Verts se révèlera négatif.
On ne peut pas demander aux habitants d'éviter les gaspillages et dans le même temps dégrader volontairement des équipements sur la place publique! Pour supprimer ces panneaux, une intervention politique aurait certainement été plus judicieuse… Cette manifestation contre-productive illustre encore une fois toutes les incohérences écologiques des Verts, qui privilégient le spectaculaire au détriment de l'efficacité. Ca promet pour la campagne des municipales … (Nicolas J.)"


A lire !

Si vous ne savez pas quoi lire, ruez-vous sur le livre de Pascal Fioretto, Et si c'était niais ? (éditions Chiflet&Cie), le recueil de pastiches qui déride la rentrée littéraire. Mention spéciale pour le chapitre attribué à "Pascal Servan" et intitulé "Ils ont touché à mes glaïeuls". En voici un extrait qui fait référence à un certain "Bertrand D." :

"La saynète domestique autour du cadeau de Pierre-Olivier aura au moins eu le mérite de me faire penser à lui. Je l'ai appelé. Je l'ai senti très angoissé.
- Je t'ai vu hier à la télévision, lui ai-je dit en mentant. Tu as été impitoyable avec DHL. Ce salonard doctrinaire et décoiffé a eu ce qu'il méritait : une correction en public...
- Je sais que j'ai été très bon. Je bosse à fond mes invités. Mais c'est quand même l'angoisse. Je fais plein d'analyses en ce moment, m'a-t-il confié. J'ai un mauvais pressentiment...
- Quand auras-tu les résultats ? Ai-je demandé.
Je ne sais toujours pas d'où me vient cette force surhumaine qui me pousse à m'intéresser aux autres.
- Demain ou après-demain, m'a-t-il répondu.
- Je rentre à Paris bientôt. On dînera...
- Si tu veux... Où?
- Au "Chien de ma chienne", ai-je proposé. Je viendrai peut-être avec Bertrand D. Je voudrais lui parler de la circulation à P. Depuis qu'il est maire de la capitale, ça roule moins bien, à cause des couloirs de B. et des pistes C. Je suis certain que c'est la faute des élus V. Ces zozos-là, il faudrait les regrouper dans des bus au bioéthanol, les déporter vers le Larzac et les claquemurer dans des camps de prisonniers équipés de toilettes sèches.
- Tu as raison, Pascal, mais ne l'écris pas dans ton journal. Cette époque avachie n'est pas propice aux idées roboratives, tu le sais."


La lettre du Perroquet n°47

Lundi 03 Septembre 2007
Lu 6178 fois


Dans la même rubrique :

|1| >>

La lettre du Perroquet | Paris Plagiat | Revue de presse