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Le Grand Paris de SarkozyEn inaugurant l'aéroport de Roissy 3 le 27 juin dernier, Nicolas Sarozy a plaidé la cause d'un Grand-Paris. Une petite révolution lancée au sommet de l'Etat ! Cela fait plus de 20 ans, en effet, que se pose la question de la pertinence des limites actuelles de la capitale sans qu'aucun politique n'ose y répondre, de peur d'affronter les intérêts de quelques factions électorales et féodalités municipales. Des années de silence durant lesquelles se sont accélérées les fractures urbaines et sociologiques, sous l'effet néfaste de cette machine à exclure qu'est devenue Paris, l'une des plus petites capitales au monde. Des années d'impuissance publique et de résignation. Grand défenseur de ce projet d'intérêt général, Le Perroquet se réjouit d'un tel discours, qu'il reproduit en partie pour ses lecteurs.Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, à l'occasion de l'inauguration du Satellite n°3 de Roissy Charles-de-Gaulle. Mardi 26 juin 2007
Mesdames et Messieurs,
(…) Je voudrais revenir à la région où nous sommes aujourd'hui. Toute ma vie, j'ai été élu de cette région- un endroit où l'on peut démontrer ce que signifie l'aménagement durable, c'est bien l'Ile-de-France. Mais l'Ile-de-France elle a connu à l'époque du Général de GAULLE une ambition extraordinaire : cet aéroport en est le témoignage et son nom un hommage mérité. En l'espace de très peu d'années le Général de GAULLE, sous l'impulsion de Paul DELOUVRIER, excusez du peu, a lancé les villes nouvelles, le redécoupage départemental, la création du schéma directeur, le réseau express régional - le RER, pour ceux qui auraient oublié son nom - Voilà ce qu'ils ont fait nos prédécesseurs. Voilà ce qu'ils ont bougé nos prédécesseurs ! Alors là, on me dit : "mon Dieu, vous prenez beaucoup d'initiatives". Mais moi, je trouve que je n'en prends pas assez. Quand vous voyez ce que nos prédécesseurs ont fait, on n'est pas simplement là pour gérer à la petite semaine. On n'est pas simplement là pour faire des équilibres du mois. On est là pour penser à notre pays, à vingt ans, à trente ans, à quarante ans. Nous vivons encore aujourd'hui en 2007 sous l'impulsion du Général de GAULLE et de Paul DELOUVRIER qui ont structuré de manière très profonde cette région. Mais la meilleure manière d'être fidèle à cet héritage doit être de penser à notre tour à ce que doit être l'aménagement de l'Ile-de-France pour répondre à d'autres défis. C'est une mission qui revient bien sûr au conseil régional, qui n'a plus la même place en 2007 qu'en 1965. Mais l'État peut-il se priver d'avoir un projet, une stratégie pour la région économiquement la plus puissante d'Europe, qui produit 28% de la richesse nationale de notre pays ? Je ne le pense pas. Je vois en somme deux grands enjeux pour l'Ile-de-France en 2007 : la cohésion et la croissance. Retrouver la cohésion, c'est simplement reconstruire une ville équilibrée à partir d'une agglomération en voie d'éclatement. L'éclatement ce sont ces familles qui vont habiter à une heure et demie de voiture parce que le logement est trop cher. L'éclatement ce sont ces quartiers qui ne sont reliés au monde que par un bus qui passe tous les quarts d'heure quand il ne se fait pas caillasser. L'éclatement ce sont ces artères démesurées qui libèrent les voitures mais enferment les riverains. Aux origines de cette agglomération, lorsque Paris s'est constitué, les choses se sont faites différemment. Le mur de CHARLES V est devenu les grands Boulevards, le mur des Fermiers généraux est devenu le boulevard Saint-Jacques et l'avenue Kléber, les fortifications de Thiers les boulevards des maréchaux. On ne créait pas seulement des rocades, mais des places, des carrefours. Mais un fois le Périphérique construit, et franchi, cette ambition, perdue, dans un autre monde. Je crois qu'il faut la retrouver. Retrouver l'esprit du préfet HAUSSMANN dans le Paris de 1860 et de Pierre-Charles L'ENFANT dans le Washington de 1800. Plutôt que de vouloir comme ALPHONSE ALLAIS construire les villes à la campagne, pourquoi ne pas construire une vraie ville dans nos banlieues ? Elles ne manquent pas de l'espace nécessaire, mais de volonté politique et d'une vision coordonnée de l'organisation urbaine, appuyée sur les pouvoirs nécessaires pour la mettre en œuvre. Pour ne pas toujours construire des logements sociaux là où il y a déjà des logements sociaux. Pour ne pas faire passer systématiquement l'intérêt de chaque commune avant celui d'une métropole, -excusez du peu-, peuplée de 11 millions d'habitants. Pour développer une vision globale d'aménagement pour la Seine-Saint-Denis, si proche d'ici, mais si isolée du reste de la communauté nationale par ses difficultés exceptionnelles. Il faut aussi une ambition de croissance. Quand j'étais ministre de l'Aménagement du Territoire, je n'ai jamais voulu mélanger l'ambition essentielle de créer des métropoles fortes en province, et l'ambition inavouable de provincialiser l'Île-de-France. Il n'y aura pas de France forte et ambitieuse si l'Île-de-France se recroqueville sur elle-même. Si elle renonce à construire les plus hautes tours d'Europe. Si elle renonce à attirer les meilleurs chercheurs du monde. Si elle renonce à son ambition d'être une place financière de premier plan. C'est quand même curieux que la grande place financière d'Europe soit Londres où ils n'ont pas d'euros ! C'est curieux ! On a fait l'Europe pour être au cœur de la vie financière et monétaire et non pas pour en être exclus. Les grandes villes de province ont pris un élan démographique, économique, culturel extraordinaire ces dernières années. Je ne vois pas de honte à ce que la métropole parisienne les imite. Mais j'en verrais une à ce qu'elle se laisse distancer par Shanghai, par Londres ou par Dubaï. Pour finir et pour avancer, j'identifie quatre leviers de changement. D'abord les infrastructures. Construisons enfin des transports en commun circulaires, comme le projet Métrophérique qui reliera tous les terminaux des lignes de métro. Construisons Charles-de-Gaulle Express. Engageons d'autres projets ambitieux et efficaces. Un pays qui n'a plus de projets est un pays qui n'a pas d'ambition. C'est donc un pays qui n'a pas d'avenir. On va retrouver des grands projets et on va mobiliser les synergies nationales au service de ces grands projets. Cela me semble plus ambitieux et plus important que de raisonner sur la carte orange gratuite pour nos compatriotes qui sont au RMI. Il vaut mieux investir pour qu'ils aient un emploi, qu'ils quittent le RMI plutôt que de les enserrer dans une politique d'assistance. Parce que, lorsque l'on est au RMI, même lorsque l'on a le transport gratuit, on n'est pas très heureux. Deuxième levier de changement, c'est l'urbanisme. J'en ai parlé. La densité de logement des maisons de ville est la même que celle des barres. Pourquoi se contenter de faire un échangeur alors qu'on pourrait faire une place ? La question de la mobilisation du foncier, des choix en matière de logement est centrale. Je me suis toujours demandé pourquoi en centre-ville, il y avait encore des maisons particulières et dans les villes nouvelles, il y avait des tours. C'est plutôt l'inverse. L'habitat collectif en centre-ville. L'habitat individuel, en périphérie de nos villes. Il faut que l'on repense la ville. (…) Il faut enfin l'organisation des pouvoirs. Enfin, Paris est la seule agglomération de France à ne pas avoir de communauté urbaine. Alors qu'elle est la plus grande et la plus stratégique des régions, l'intercommunalité y crée des périmètres sans substance réelle. Quant aux départements, qui peut comparer le rôle d'un département de petite couronne et celui d'un département rural, mais ils ont les mêmes pouvoirs, la même fiscalité, la même structure ? Tout ceci forme un champ de réflexion immense, mais indispensable. Je ne souhaite pas qu'on adopte un nouveau schéma directeur de la région Île-de-France avant d'être allé au bout de ces questions et d'avoir défini une stratégie efficace. Une stratégie, ce n'est pas un gros mot. Je propose donc que l'ensemble des administrations concernées soient mobilisées dès l'automne 2007 sous l'œil attentif du Gouvernement pour préparer les propositions d'actions nécessaires dans les champs que je viens d'évoquer, et qu'un comité interministériel d'aménagement du territoire dédié à l'Île-de-France se tienne fin 2008 pour adopter ce nouveau plan stratégique et le schéma directeur correspondant, ainsi que les textes législatifs et réglementaires nécessaires. C'est curieux de résonner en terme d'aménagement du territoire pour les autres régions que pour la première région de France où vivent presque 12 millions de personnes. (…) Je voudrais vous dire que vous avez compris que j'ai une grande ambition pour notre pays. Parce que j'ai le sentiment que la France peut, à nouveau, étonner le monde. C'est bien de cela dont il s'agit. Nous sommes un pays qui a une longue histoire. Mais ils nous manquaient un peu d'énergie, un peu d'enthousiasme, un peu d'espérance. Les peuples qui ont de l'enthousiasme et de l'énergie peuvent bâtir de grandes choses. Durant ces cinq années, on va faire de grands projets pour une raison, c'est que la France et les Français le méritent. Je vous remercie. Communiqué de réponse de Bertrand Delanoë
B.D. entre conservatisme et prudence
Fidèle à son habitude, Bertrand Delanoë n'a pas tardé à répondre. Dans un communiqué, le maire de Paris a écrit : « la municipalité parisienne est disponible pour participer à une telle réflexion qui devra bien entendu associer l'ensemble des collectivités de l'agglomération. En effet, aucune réforme institutionnelle portant sur l'organisation de l'agglomération parisienne ne saurait être envisagée autrement qu'en concertation permanente avec les élus eux-mêmes. » Et de rappeler que lui-même aurait ouvert la voie dans cette direction avec la création de la Conférence métropolitaine : « Cette même volonté d'échange et de partenariat m'a d'ailleurs conduit à proposer la création d'une « Conférence métropolitaine », opérationnelle depuis un an, et qui a travaillé activement sur la question des déplacements. Sa prochaine réunion est précisément prévue le 6 juillet prochain, autour du thème du logement. Tous les représentants des collectivités concernées ont été invités - par-delà les sensibilités politiques de chacun - ce qui permettra également d'évoquer ensemble les points soulevés aujourd'hui par Nicolas Sarkozy. »
Delanoë se fait un peu mousser dans ce communiqué, car sa politique n'a pas fondamentalement changé de celle de ses prédécesseurs. Depuis mars 2001, il a engagé une série de rencontres avec ses homologues des communes d'Ile-de-France. Il a notamment organisé une concertation avec certains d'entre eux sur la restructuration des portes de Paris, qui sont aussi les entrées des communes de banlieue. Une dizaine de « protocoles de coopération » ont ainsi été signés avec des villes des Hauts-de-Seine (Malakoff, Vanves, Issy-les-Moulineaux, Clichy), de la Seine-Saint-Denis (Montreuil, Saint-Ouen, Pantin) et du Val-de-Marne (Nogent-sur-Marne, Joinville-le-Pont). Ce faisant, Bertrand Delanoë renoue avec une politique du tête-à-tête prudente déjà initiée par Jacques Chirac. Dès juillet 1986, ce dernier avait en effet écrit aux 29 maires de la première couronne pour les concerter sur la révision du POS de la capitale. Objectifs de la démarche, à laquelle 18 maires avaient participé, y compris des édiles communistes comme le maire d'Aubervilliers Jack Ralite : dresser en commun un état des lieux, puis coordonner les projets des uns et des autres par dessus les frontières et les clivages politiques. Jacques Chirac était même allé plus loin dans sa réflexion puisqu'il avait envisagé en 1987, du temps où il était Premier ministre, la création d'un district urbain. Avant, comme à son habitude, d'en abandonner la brillante idée. Quant à la « Conférence métropolitaine » dont il est question dans le communiqué du maire, il s'agit d'une association intercommunale des plus souples : « un lieu de débat, d'échanges et d'analyses pérennes entre les collectivités du cœur de l'Ile de France, qui permet aux différents acteurs institutionnels de se retrouver pour confronter régulièrement leurs points de vue » (cf. le voeu adopté par le Conseil de Paris le 1er février 2005 Une mesure un peu timorée pour répondre à l'asphyxie de la capitale, mise en avant par un maire qui, par ailleurs, brille par l'unilatéralisme des ses politiques (circulation notamment)… Mardi 03 Juillet 2007
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