Plus les prix de l'immobilier augmentent, plus la Ville de Paris engrange des recettes grâce aux taxes perçues sur chaque transaction.
LES CHIFFRES donnent le vertige : en six ans à peine, les recettes engrangées par la ville sur les droits de mutation - ces taxes perçues sur les transactions immobilières - ont doublé. Elles avaient rapporté 483 M€ en 2001. En 2007, elles devraient dépasser les 900 M€. Prudente, la Ville n'inscrira « que » 820 millions de revenus au budget soumis au vote des élus aujourd'hui. Mais la somme ne fait aucun doute. « Il faut être prudent avec cette recette fluctuante, qu'on ne maîtrise pas puisqu'elle dépend du marché, explique l'adjoint (PS) de Delanoë chargé des finances, Christian Sautter. Cela nous laisse une petite marge de manoeuvre. »
Prudence mais aussi malaise : les élus rechignent en effet à évoquer cette cagnotte qui provient directement de la spéculation immobilière. Cette même spéculation qui chasse tant de Parisiens incapables de répondre à la hausse des prix. Les droits de mutations sont en effet récupérés sur chaque transaction immobilière effectuée dans la capitale. Ils sont proportionnels au nombre de ventes de biens mais aussi à la hausse des prix. « A la fin de l'année, on attend une petite baisse du volume des ventes, explique M e François Carré, vice-président de la chambre des notaires. Mais comme les prix ont encore augmenté, certainement autour de 6 % pour 2007, le chiffre d'affaires global devrait encore être en progression cette année, et donc les droits de mutation aussi. »
« Cet argent sert justement à lutter contre la spéculation »
Où va l'argent de la spéculation ? La municipalité de Bertrand Delanoë a toujours refusé de donner le détail. « C'est une recette globale qui sert un peu à tout, explique Christian Sautter. Elle n'est pas affectée à telle ou telle dépense. Cependant, on peut isoler trois actions : notre contribution au financement des transports en Ile-de-France est passée de 210 M€ à 317 M€ cette année. Les droits de mutation nous ont aussi permis de compenser les dettes de l'Etat, qui nous doit par exemple 106 M€ uniquement sur le RMI. Enfin, cet argent sert justement à lutter contre la spéculation : nous sommes passés de 68 M€ à 160 M€ cette année pour acquérir des logements privés dans Paris et les transformer en logement social. »
Dans la majorité de gauche de Bertrand Delanoë, l'utilisation de cette cagnotte divise : communistes, verts et chevénementistes estiment que la mairie de Paris n'utilise pas assez cet argent pour acheter des logements. « Régulièrement, la mairie nous refuse des préemptions d'immeubles dans le nord du XI e arrondissement, explique un proche du maire MRC du XI e , Georges Sarre. Pourtant, l'argent est là. » Idem pour les verts : « A la fin de l'année, il restera 30 M€ non dépensés sur le compte foncier qui sert à acheter des immeubles, explique René Dutrey, président du groupe Verts au Conseil de Paris. C'est incompréhensible. »
Sébastien Ramnoux
Le Parisien , lundi 17 décembre 2007