Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

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Lettre ouverte d'un architecte-urbaniste de l'avenue Théophile Gautier au Maire

"Le Paris d'il y a seulement trois ans disparaît au profit d'une ville réservée à une population atypique, nomade, ultra privilégiée et demeurant dans l'hyper centre historique de la capitale. Les familles et les actifs sont les premières victimes de cette nouvelle politique urbaine."



Jamais autant de palissades à Paris !
Jamais autant de palissades à Paris !
Monsieur le Maire,

Ma famille et moi-même sommes venus nous installer avenue Théophile Gautier et y avons acquis un appartement confortable, séduits par son coté sympathique et provincial où régnait convivialité et tolérance entre riverains.

Hélas, depuis plus d'un an maintenant, nous assistons épouvantés à la réalisation de travaux coûteux et inutiles dont la liste laisse rêveur :

  • Un carrefour surélevé en fin d'avenue Théophile Gautier dont la conception relève d'une totale méconnaissance des flux automobiles puisque les dispositions réalisées privent les conducteurs de toute visibilité du trafic provenant de la rue Gros et réciproquement. Nos génies de la voiries jamais avares pour encombrer l'espace urbain de bazars inutiles ont réussi à implanter un dos d'âne à 15m de celui destiné a freiner les ardeurs automobiles devant notre école maternelle.

  • Puis, des travaux, sans doute nécessaires, du CPCU réalisés à la sauvage sans aucune information auprès des riverains ni aucun respect pour les habitants du quartier. Ainsi, notre avenue s'est vue encombrée pendant trois semaines de palissades sur l'emprise de 5 places de stationnement sans aucun travaux ni stockage de matériaux sur ces aires de chantier. Mieux, depuis maintenant un mois et demi, un tas de terre occupe l'avenue Perrichont sur cinq places également, sans qu'aucun travaux ne soient en cours ; de quel droit pouvez vous priver inutilement vos administrés de places de stationnement si rares et si précieuses ?

  • Enfin, notre avenue se voit maintenant défigurée par des dispositifs incompréhensibles et ruineux au niveau des arrêts de bus avec un fatras de piquet et barrières à bestiaux dont vos services semblent si friands. Il n'est plus possible de se promener librement sur un trottoir sans être obligé d'éviter une foret de piquet et contraint à un parcours grégaire par un barriérage qui défigure des perspectives si agréables précédemment.

Refusant les procès d'intentions, nous dirons que les arguments avancés pour justifier ces dépenses somptuaires relèvent soit de la fantaisie, soit de plus totale méconnaissance de l'art urbain.

Est il possible de ne pas ressentir ces travaux comme une réelle provocation quand on voit l'état lamentablement scandaleux des chaussées de l'Abbé Roussel, Perrichont et autre rues du quartier laissées sans entretien dont l'état de surface rappelle les zones urbaines les plus lamentables des villes du tiers monde ? Je vous invite à venir constater par vous-même la pertinence des travaux réalisés sur notre avenue au croisement droit de la rue Perrichont et dont les effets immédiats se traduisent pas des bouchons permanents et inconnus jusqu'alors : les véhicules n'arrivent plus à tourner vers la rue Perrichont et, par conséquent, bloquent le trafic et paralysent le trafic de l'ensemble du quartier.

Il en est de même pour nos pompiers dont les véhicules ne peuvent plus sortir de la caserne et manœuvrer librement pour tourner ; ils sont tenus de mettre en marche systématiquement leur sirène pour échapper à ces nouveaux bouchons.

Qu'avons-nous gagné au change ? L'asphyxie de notre avenue ?!! Epargnez nous l'argument de la sécurité et la fluidité de la circulation des bus dont personne ne s'est plaint dans le quartier !

Doit on imaginer que la politique de criminalisation du transport automobile est devenue si totalitaire qu'elle sollicite l'impôt pour financer le propre mal vivre de ses contribuable ?

Oui, Monsieur le Maire, la question est posée : vit on mieux ou plus mal dans notre quartier et plus largement dans la capitale depuis quelques années ? Un analyse objective m'oblige à répondre par la négative :
  • déplacements systématiquement contrariés, allongés et devenus impossibles,
    boulevards et chaussées restreints,
  • anièrage de la trame urbaine,
  • stationnement supprimé,
  • tolérance à l'humaine bonhomie disparue,
  • pollution accrue,
  • répression sans égards ni discernement….

La liste est longue !!

Pire, un sentiment latent d'exclusion et d'acharnement méprisant provoque maintenant la tentation de quitter Paris pour partir s'installer dans des banlieues plus accueillantes….

Les cas cités ci-dessus n'ont valeur d'exemple d'une politique dont la terminologie même
relève d'une suffisance prétention devenue insupportable : « espaces civilisés » et autres lieux « citoyens ».

Au nom des ces notions fumeuses au vocabulaire abusif, Paris, jeté en pâture aux ingénieurs voyers, se transforme maintenant en une gigantesque piste de karting à la circulation incompréhensible voire dangereuse. On cite partout « le magenta » comme exemple d'absurdité municipale.

De grâce, ne laissez pas notre quartier s'enlaidir comme l'a été l'avenue du Port Royal, l'avenue de l'Hôpital et autre avenues parisiennes envahies de flaques de béton, de granit et de ferraille. Pauvre charme parisien….

Ne vous méprenez pas sur la nature de ma critique, non, il n'est point question ici de nostalgie passéiste, hermétique à tout progrès, mais pardon, un peu de modestie devant l'Histoire et la beauté unique de notre ville : Paris est en train de se transformer en une poubelle géante de ce que tout le mobilier urbain a pu produire de plus laid et inutile…

Le Paris d'il y a seulement trois ans disparaît au profit d'une ville réservée à une population atypique, nomade, ultra privilégiée et demeurant dans l'hyper centre historique de la capitale. Les familles et les actifs sont les premières victimes de cette nouvelle politique urbaine.

Enfin, l'extrême rapidité avec laquelle ont été passés ces gigantesques et onéreux marchés publics ne peuvent nous soustraire à une légitime suspicion sur les conditions par lesquelles ces travaux ont été dévolus. Non seulement ces travaux nous sont imposés sans avis ni concertation, mais leurs coûts somptuaires sont soigneusement cachés aux contribuables parisiens.

Devrons nous tolérer plus longtemps la dictature des ingénieurs voyers aux ordres d'une minorité extrême qui s'est abusivement appropriée toute préoccupation environnementale et dont les agissements relèvent exclusivement de la contrainte et de l'interdit ?

Cette requête personnelle sans a priori idéologique n'aura sans doute aucune chance d'infléchir une politique totalitaire et autiste, mais sachez, Monsieur le Maire, que vos administrés seront très attentifs lors des prochaines échéances à la manière dont leurs intérêts auront été défendus.

En espérant que notre quartier sera oublié de la prochaine campagne des travaux de la ville, je vous prie d'agréer, Monsieur le Maire, l'expression de notre haute considération.


A. Daudré-Vignier
Architecte D.P.L.G.- Urbaniste

Mardi 25 Juillet 2006
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