Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

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Pariscide : morceaux choisis

Quelques extraits du livre de François Devoucoux du Buysson



Les comptes-rendus de mandat

(Droits réservés)
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A observer l'assistance qui interpelle alors le maire, on note une majorité de personnes d'un âge honorable, souvent retraitées ou sans profession -ce qui explique leur présence à une réunion débutant généralement à 18h30-, et dont le souci pour les questions de patrimoine est manifeste lorsqu'ils soulèvent tel ou tel problème dans leur quartier. En un mot, ce sont des propriétaires. Ce qui intéresse ces citoyens-là au premier chef, c'est à la fois la préservation de leur cadre de vie et la valorisation de leur bien. On comprend mieux dès lors pourquoi il y a si peu de questions sur la spéculation immobilière et l'angoisse dans laquelle elle plonge les locataires. Le maire a ensuite beau jeu d'exalter les « quartiers verts » devant un parterre de possédants qui se dérident en calculant la plus value de l'équation « moins de circulation, plus d'arbres ». Quant aux importuns s'aventurant à poser des questions politiques, ils sont sèchement rabroués, et le maire n'hésite pas à les désigner aux huées. Ne font-ils pas perdre leur temps aux riverains avec des questions qui ne les concernent qu'indirectement ? Quoi ? L'intérêt général ? Mais qu'est-ce que des citoyens surtout préoccupés de soucis matériels et de problèmes de voisinage en auraient à faire ? Brandis comme une pratique démocratique exemplaire, les comptes-rendus de mandat, qui ressemblent à des réunions de copropriété, témoignent en réalité d'une forme de populisme censitaire entretenue par Bertrand Delanoë.

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L'homme qui aimait les femmes

(Droits réservés)
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Pendant la campagne des élections municipales, Bertrand Delanoë avait confié la conduite des listes de la gauche plurielle dans les vingt arrondissements de Paris à des binômes homme-femme qu'il appelait des « double mixte ». Une fois élu, en mars 2001, il veilla à l'application du principe de parité en constituant son exécutif et alla même au-delà d'une égale répartition des postes puisque, sur trente-trois adjoints au maire, dix-huit sont des femmes.
Mais, au-delà de cet affichage quelque peu démagogique et de mesures gadget comme la féminisation des titres -qui a parfois donné lieu à des controverses dérisoires entre les élues de gauche demandant à ce qu'on les nomme « adjointes au maire » et des élues de droite insistant pour qu'on continue à les appeler « conseiller de Paris »-, la parité dont Paris se veut désormais la vitrine est loin d'avoir bouleversé les règles de partage du pouvoir. On s'amuse ainsi de constater que le maire de Paris a distribué les postes d'adjoint selon une vision finalement assez classique de la répartition des tâches entre les hommes et les femmes. Aux hommes, en effet, les finances, les transports, la sécurité, l'urbanisme et les relations internationales tandis que les femmes se voient attribuer la petite enfance, les associations, le petit commerce, les personnes âgées ou les handicapés. Des hommes pour la politique au sens régalien du terme, des femmes pour s'occuper du social et des questions de proximité au sens ancien de la chose. Un bel exemple, finalement, de reproduction des rôles traditionnellement assignés à chacun des sexes !

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L'obsession identitaire

(Droits réservés)
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L'identité… Le maire de Paris n'a que ce mot à la bouche. Tel une formule magique Il le répète à l'envi, en toutes circonstances. (…) Cette obsession pour l'identité, un thème qui a servi de justification aux pires régressions nationalistes et à des déchaînements de violence à répétition, a de quoi surprendre dans la bouche d'un progressiste nourri pendant trente ans au lait du socialisme.
Pour le coup, c'est vraiment une conviction solide de Bertrand Delanoë. Son nom ? L'essentialisme. L'essence précède l'existence. (…) Il n'est donc pas surprenant que le cabinet du maire de Paris ait été constitué selon une logique « identitaire ». Il a en effet réparti les attributions de certains de ses proches collaborateurs en fonction de leur appartenance à telle ou telle catégorie de la population. Comme si le maire voyait dans la population parisienne comme une somme de confessions, de minorités, de communautés.
Ainsi, dans le cabinet de Bertrand Delanoë, c'est une avocate originaire de la Guadeloupe, George Pau-Langevin, qui suit les questions relatives à l'Outremer, ce qui signifie en clair qu'elle traite les doléances de la « communauté antillaise ». On sait aussi que Philippe Lasnier, qui occupe officiellement la fonction de chargé de mission auprès du porte-parole du maire de Paris, est à titre officieux chargé des relations avec les associations homosexuelles en s'appuyant sur son expérience du militantisme gay. C'est d'ailleurs sous cette casquette de « Monsieur Gay de la mairie de Paris » qu'il se présente dans la presse homosexuelle. Quant aux personnes handicapées, elles ont pour interlocuteur attitré un conseiller du maire aveugle, Hammou Bouakkaz. Et comme ce dernier est aussi musulman, Bertrand Delanoë lui a par-dessus le marché confié la tâche d'entretenir la relation avec les responsables parisiens du culte musulman. De même, l'ancien leader soixante-huitard Alain Geismar, qui est en charge du dossier de l'éducation au cabinet du maire, doit à ses origines ashkénazes d'avoir été choisi pour maintenir, de façon informelle, le lien avec les organisations juives de la capitale.

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Les bobos, nouveaux seigneurs

Pariscide : morceaux choisis
Enfants de mai 68, tant par leur relativisme moral que par l'épaisseur de leur portefeuille, les bobos constituent la nouvelle élite d'un Paris en mutation. (…) S'ils se reconnaissent comme bourgeois, ils insistent davantage sur leur niveau d'éducation -universitaire, il s'entend- que sur leurs revenus. Mais c'est plutôt dans leur côté bohème qu'il faudrait chercher leur substantifique moëlle. Animés d'un esprit « citoyen » qui les fait se précipiter dans la rue lorsqu'un danger fasciste menace la République, ils sont aussi de gros consommateurs de « produits culturels » et adorent d'autant plus la verdure et la nature qu'ils ne s'y frottent guère. Libéraux-libertaires et xénophiles, hostiles aux extrêmes et… à la guerre, ils sont résolument dans le camp du Bien.
(…) Le bobo est le prototype de ce nouveau parisien qui est censé jaillir des couloirs de bus et des quartiers verts. Soutien inconditionnel du maire de Paris, le bobo accueille avec enthousiasme ses initiatives. Pilier de la Gay Pride, il est aussi de toutes les sorties roller et s'émerveille devant les plasticiens de la Nuit Blanche. Volontiers donneur de leçons, il ne juge pas utile de se conformer aux préceptes qu'il énonce à longueur de journée : il maudit ces beaufs d'automobilistes mais grille les feux sur son vélo, il réclame l'amnistie pour Battisti et les fumeurs de cannabis mais la prison pour les supporters du PSG. (…) Il adore les étrangers mais évite de mettre ses rejetons dans la même école que les leurs.
Avec le bourgeois-bohème, la contradiction devient une façon d'être -ce que je fais n'a rien à voir avec ce que je dis, mais cela ne m'empêche pas de le dire. Tout ce qu'il touche se transforme en or. Ainsi, lorsque les bobos investissent un quartier populaire à la recherche d'une authenticité populaire qu'ils ne tardent pas à éradiquer, on dit que le quartier devient « branché ». Appellation qui suffit généralement à en doper le prix… Branchés ? Branchés ! Certes… Mais branchés à quoi ? Quelle source d'énergie alimente les bobos ? A quoi carburent-ils et pour quel résultat ? Avec eux, la ville « bouge » plus qu'elle n'avance.

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DJ Bertrand

(Droits réservés)
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Un baloche sous la neige, aux Halles. Des types à poil qui gesticulent derrière une vitrine, au fond d'une impasse. Une micro-rave party sur un chantier. Des nageurs qui s'ébrouent dans une piscine rouge et verte… Les Parisiens en rêvaient, Delanoë l'a fait ! Des milliers de vacanciers, de touristes ou de simples promeneurs qui se battent pour 200 transats et 40 hamacs. Des joueurs de boule sous le Pont Marie. Une allée de palmiers entre les Tuileries et le Pont de Sully. Un terrain de beach-volley devant l'Hôtel de ville… Cette vision d'une plage urbaine, curieux mélange d'univers festif et d'une conception concentrationnaire des vacances à la fois, les Parisiens en rêvaient, Delanoë l'a fait ! De la Nuit Blanche au Nouvel An Chinois, en passant par la Gay Pride, la Techno Parade, Paris-Plage et le carnaval brésilien, on ne compte plus les fêtes lancées ou patronnées par le maire de Paris. Après tout, comme Bertrand Delanoë le dit lui-même, « il n'est que l'animateur d'une collectivité locale ».

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L'ami du people

(Droits réservés)
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En fait, les comédiens et les hommes politiques font le même métier. Les célébrités du show-biz voient dans l'élu qu'elles acceptent de soutenir un homme de spectacle et d'image qui se produit sur la scène politique. Un collègue, en somme.
La delanoëmania qui s'est emparée du show-business n'est pas surprenante en soi. Les saltimbanques -comme aiment à s'appeler ces gens du show-biz qui ont pourtant en commun d'habiter les beaux quartiers- ont toujours été attirés par la puissance et le luxe. Ils sont là où se donnent les fêtes. De Louis XIV au Directoire, de Vichy à Mitterrand, les artistes ont toujours majoritairement servi le pouvoir. En politique, on appelle cela « aller à la gamelle », dans le monde des arts, on dit plutôt « chercher un mécène ». Le résultat est le même. Là où s'affirme l'autorité d'un seigneur, les troubadours accourent. Paris n'est pas une exception mais une confirmation de la règle.
Après tout, c'est vrai, les artistes et les gens célèbres sont vitaux pour un grand seigneur. C'est souvent à l'aune de leur éclat et de l'immensité de leur œuvre que l'Histoire juge la grandeur du maître qu'ils ont servi. Dans son Paris aux allures de Versailles où se pavane une nouvelle aristocratie, faite de cadres supérieurs et de bobos arrogants, Bertrand Delanoë parade ainsi au milieu d'une ruche de courtisans et d'artistes pensionnés. A la Cour du Maire-Soleil, Elie Semoun fait office de Molière, Lully s'appelle Lio et Pascal Sevran, avec sa plume élégante et venimeuse, est le Saint-Simon des fastes de « Bertrand D. ». On a les courtisans que l'on mérite.

(...)

Extraits de Pariscide, Les gâchis de l'ère Delanoë
La Table Ronde, 18 euros.


Voir la présentation du livre


Vendredi 13 Mai 2005
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