Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

Accueil  >  Scoops

Accueil Accueil    Envoyer à un ami Envoyer à un ami    Version imprimable Version imprimable    Augmenter la taille du texte Augmenter la taille du texte    Diminuer la taille du texte Diminuer la taille du texte

Philadelphie fâchée contre Paris

Dans un lettre publiée en exclusivité par Le Perroquet Libéré, la municipalité de Philadelphie proteste contre la décision de Bertrand Delanoë d'attribuer le titre de "citoyen d'honneur de la Ville de Paris" à Mumia Abu-Jamal.



Bertrand Delanoë remet à Angela Davis le titre de Mumia (DR)
Bertrand Delanoë remet à Angela Davis le titre de Mumia (DR)
Le samedi 4 octobre 2003, devant quelques deux-cents militants réunis dans les salons feutrés de l'Hôtel de Ville, le maire de Paris avait décerné le titre honorifique de "citoyen d'honneur de la Ville de Paris" à Mumia Abu-Jamal,matérialisé par un diplôme remis à Angela Davis. Emporté par la fougue de son discours, Bertrand Delanoë lança en levant le poing : "Mumia est un Parisien". C'est en effet Mumia Abu-Jamal, militant du mouvement activiste noir américain Black Panthers, Mumia Abu-Jamal a été condamné à la peine de mort en 1982 pour le meurtre d'un policier de Philadelphie qu'il a toujours nié, que Bertrand Delanoë a choisi pour relancer la pratique tombée en désuétude depuis 1971 consistant à faire "citoyen d'honneur de la ville de Paris" des personnalités exemplaires, comme Pablo Picasso et Marie Curie. Pour voir la vidéo de la cérémonie, cliquez ici

On ne pouvait cependant pas en dire autant de Mumia Abu-Jamal, personnage controversé divisant profondément les militants les plus déterminés en faveur de l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis. Très soutenu à Paris par des groupes militants proches du parti communiste, Mumia Abu-Jamal est en effet loin de faire l'unanimité parmi les abolitionnistes américains. Un article du journal Le Monde paru en octobre 2003 soulignait ainsi que "Mumia Abu-Jamal, qui peut se payer le luxe de changer d'équipe d'avocats à sa guise, n'est pas le plus représentatif des 3.517 prisonniers actuellement détenus dans les couloirs de la mort aux Etats-Unis". Le même article rapportait une anecdote écornant la portée du symbole brandi par la mairie de Paris : "l'un des avocats new-yorkais les plus engagés dans le combat contre la peine capitale avait d'ailleurs refusé d'accompagner Raymond Forni, alors président de l'Assemblée nationale, il y a trois ans, lors d'une visite à Mumia à la prison de Philadelphie, en lui faisant répondre « Nous nous occupons d'abord des innocents »".


'profanation institutionnalisée'

Mumia Abu-Jamal
Mumia Abu-Jamal
Aussi n'est-il pas surprenant que la Ville de Philadelphie demande aujourd'hui des explications à la capitale française et à ses représentants. Dans une lettre datée du 17 octobre 2006, un avocat au barreau de New York, Martin Bozmarov, a adressé au Conseil de Paris les récriminations de la municipalité de Philadelphie contre la distinction accordée par les élus parisiens à "Mumia" (cliquez ici). Cette lettre exprime "l'incompréhension et la déception" des citoyens devant "un choix immoral et irresponsable" ressenti comme une "profanation institutionnalisée" de la mémoire du policier assassiné.

Une délégation d'élus de Philadelphie, aussi bien républicains que démocrates, demande dans cette lettre à rencontrer les conseillers de Paris pour leur faire entendre de vive voix la protestation de leurs administrés. Surtout, la lettre de Me Bozmarov souligne que la réaction de Philadelphie n'a rien à voir avec un quelconque soutien à la peine de mort à laquelle a été condamné Mumia Abu-Jamal, coupant l'herbe sous le pied à ceux qui balaient du revers de la main la requête américaine en se drapant dans le combat abolitionniste ("il est hors de question de baisser la garde dans le combat contre la peine de mort" a ainsi déclaré Yves Contassot). La municipalité de Philadelphie, dont plusieurs élus ont ont dénoncé la condamnation à mort prononcée contre Mumia Abu-Jamal, affirme vouloir soutenir Paris dans son combat abolitionniste. En lui conseillant par exemple de mieux choisir ses figures symboliques... Sinon, pourquoi pas aussi donner le nom de Saddam Hussein à une rue de Paris en guise de soutien au plus célèbre condamné à mort du monde ?

Souhaitons que le maire de Paris invite les représentants de Philadelphie à expliquer devant le Conseil de Paris leurs reproches au sujet d'une affaire qui ne grandit pas la capitale française.

Vendredi 17 Novembre 2006
Lu 11851 fois


Dans la même rubrique :

|1| >>

Perroquet : quès aco? | Le Perroquet Masqué | La vie à Paris | Paris roule-t-il ? | Bêtisier | Plumes acérées | Citoyens actifs | Scoops | Législatives 2007 | Communiqué