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Quand Delanoë prend les Parisiens pour des conques

Le projet de Carreau des Halles dévoilé aux Parisiens sous forme de maquette est trop beau pour être vrai. Explications.



La 'canopée' magique (DR)
La 'canopée' magique (DR)
Comme il fallait s'y attendre, le maire de Paris a déclenché un blitzkrieg médiatique autour de la maquette du « futur » forum des Halles, présentée à la presse le 2 juillet.

Accompagné d'un descriptif fumeux sur un bâtiment qui pousserait comme une sorte d'excroissance naturelle en osmose avec son environnement, Bertrand Delanoë y est allé de son traditionnel couplet sur le beau, l'aérien, la création, Paris qui fait « rêêêêêêver » les architectes du monde entier depuis son élection, etc... Le nouveau crayon du projet, Patrick Berger, a surenchéri d'images poético-écologiques.

L'énorme toit serait autonettoyant (les pigeons verront sûrement les choses différemment !), fabriquerait le jour sa lumière nocturne, s'inspirerait des volcans pour son chauffage, bref un nouvel eldorado écolo-délirant en plein cœur de Paris. On évoque la forme d'une feuille d'arbre, d'une raie manta, d'une conque.

Une fois dissipé cet écran de fumée publicitaire, les professionnels sérieux vont commencer à s'intéresser à ce projet et prendre le temps de décortiquer les enveloppes de verre et verdure présentées avec tant de lyrisme. D'ores et déjà, votre Perroquet favori, qui s'y connaît en matière de canopée et en a discuté avec un architecte prestigieux, est en mesure de donner quelques coups de bec sur cette énorme lampe de Berger.

D'abord, les images de synthèse du jardin depuis la bourse du commerce, qui montrent comme une intégration douce de la verdure dans le bâtiment, extrapolent carrément. Le jardin des Halles présente des dénivelés dus aux équipements souterrains et la conque sera difficilement visible de ce côté-là. De même, la translucidité avec plusieurs épaisseurs de verre et verdure (hautes comme des étages de bâtiment, ne l'oublions pas) et des équipements à l'intérieur à plusieurs endroits a tout d'une aimable plaisanterie.

Ensuite, il y aura peu de surfaces pour des activités nouvelles, même commerciales, et donc le coût de construction du bâtiment, augmenté des fermetures temporaires (plusieurs années !) de commerces sera pour l'essentiel à la charge de la Ville.

De même, les solutions techniques pour ces peaux de verre et ce métal qui s'enchevêtrent et pour ces niveaux qui se recoupent restent largement à trouver. On est ici dans l'expérimentation sauf qu'elle s'étend sur un bâtiment gigantesque sous lequel grouillent chaque jour des centaines de milliers de personnes.

La déduction est limpide : l'élaboration véritable et le coût de fabrication de ce bâtiment seront infiniment plus longs et plus lourds que ne le dit la mairie qui cherche simplement à faire un coup de com'. Le chiffre de 150 millions d'euros peut paraître substantiel mais, au vu du caractère high-tech de la conque, des milliers d'inconnues techniques et des indemnités commerciales, on peut parier qu'il sera littéralement explosé.

Au final, ce projet, s'il était réalisé, ne ressemblerait guère à la maquette. Dans l'état des finances de la ville, avec une dette augmentée du coût des travaux de voirie de Baupin-Delanoë (cliquer ici), il y aurait de quoi mettre Paris en faillite.

Heureusement, la justice évitera peut-être cette mésaventure municipale supplémentaire. Rappelons que les deux marchés confiés à David Mangin, sur lesquels s'appuie ce concours, viennent d'être annulés par le Tribunal administratif (cliquer ici) et que ceux des espaces souterrains puis ceux de la voirie et du jardin sont très menacés (cliquer ici). La conque sera alors prête à être gobée.

En attendant, que ceux qui croient au baratin municipal fassent de beaux rêves.

Mardi 03 Juillet 2007
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