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Ressources inhumaines

Placardisée sous Tibéri, brimée sous Delanoë... Une archiviste de la Ville de Paris qui s'est épuisée en procédures judiciaires après avoir été sanctionnée pour avoir ouvert au public les archives du 17 octobre 1961, subit désormais la mesquinerie de la municipalité pour quelques centaines d'euros...



Brigitte Lainé (droits réservés)
Brigitte Lainé (droits réservés)
1997 : aidée de son collègue Philippe Grand, Brigitte Lainé, conservateur en chef aux archives de la Ville de Paris, avait ouvert à l'historien Jean-Luc Einaudi des archives municipales attestant de la férocité de la répression des manifestants du FLN, le 17 octobre 1961. Leur témoignage en faveur de l'historien avait permis à celui-ci de faire débouter Maurice Papon, préfet de police ayant couvert la manifestation sanglante, qui avait déposé plainte au tribunal. En faisant éclater la vérité, Brigitte Lainé et Philippe Grand s'attirèrent la colère de leur hiérarchie au motif qu'ils avaient diffusé des "archives non communicables au public".

Placardisée sous Tibéri, Brigitte Lainé avait tout lieu d'espérer être réhabilitée après l'élection de Bertrand Delanoë en 2001. Pourtant, ne voyant rien venir, elle saisit la justice pour obtenir gain de cause. Un jugement du tribunal administratif du 20 mars 2003 lui donna raison.

Affectée à la tête du service des archives privées, elle réclama à nouveau devant le tribunal qui, le 4 mai 2004, exigea de la Ville qu'elle fût réintégrée dans des fonctions similaires à celles qu'elle occupait avant 1999. N'étant pas de cet avis -elle se voyait affectée au classement-, elle insista et saisit à nouveau le tribunal qui, cette fois, refusa de la suivre en la condamnant à payer 700 euros à la Ville de Paris.

Philippe Grand étant quant à lui parti en retraite sans que son honneur soit complètement lavé, Brigitte Lainé courba l'échine et sollicita une remise de sa dette auprès de la direction des ressources humaines. La note que publie ici Le Perroquet contient l'avis du DRH de la Ville concernant cette requête (lire la note).

Solution inélégante

Dessin de Franck Resplandy
Dessin de Franck Resplandy
Outre le fait que Michel Yahiel semble valider a posteriori la rétorsion tibériste à l'encontre de Brigitte Lainé, on bondit en lisant la méthode qu'il propose d'employer pour mettre fin à cette affaire. En effet, le DRH suggère tout simplement de faire mijoter la brebis galeuse en assortissant l'exonération du paiement des 700 euros d'un "délai relativement important entre la prise de décision d'exonération et sa mise en oeuvre effective". Difficile de faire plus mesquin...

Difficile mais pas impossible, comme en témoigne une suggestion manuscrite ajoutée au document avant transmission à l'exécutif municipal : "Cette solution 'intermédiaire' permettrait de différer l'application effective de la mesure à la fin 2006, en vérifiant d'ici là l'évolution de son attitude : Mme Lainé aura alors 64 ans...". Allez hop, prends tes 700 euros et bonne retraite !

Quand on se souvient combien Bertrand Delanoë s'était fait mousser en allant inaugurer devant les caméras une plaque à la mémoire des manifestants tués le 17 octobre 1961, on a de quoi être écoeuré en voyant le traitement réservé à celle qui a permis de découvrir leur véritable sort...


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(1) Lire le déroulement des faits et la supplique à Bertand Delanoë de Brigitte Lainé et Philippe Grand : cliquer ici

Mardi 21 Mars 2006
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