Le Bassin de la Villette était un lieu animé d'un esprit tout à fait particulier, petit à petit reconstruit mais conservant toujours son caractère à la fois très parisien et très cosmopolite. Des gens d'origines très diverses y ont toujours habité en bonne intelligence,
dans un esprit d'ouverture et de respect. Nul ennui, au contraire, nulle nuisance, jamais. Des gens très simples, pauvres souvent et d'extraction souvent étrangère mais tous respectueux et tranquilles, vivant normalement leur vie de quartier. Un vrai quartier.
Le Bassin de la Villette était une réserve ornithologique bien connue. On y recensait des espèces rares et variées. Les seules animations de ce lieu de vie étaient les péniches qui passaient, les chiens et leurs maîtres, les enfants que l'on promenait, les promeneurs et les joueurs de pétanque, ceux qui revenaient du fameux marché, les lecteurs du bord de l'eau.
C'est donc un quartier très populaire et authentique qui a été ravagé par l'actuelle mairie de Paris et son ami du 19ème arrondissement.
Elle l'a défiguré en installant partout des sculptures d'un goût douteux, les protégeant à renfort de petites barricades parce que les passants les escaladaient. Mais une sculpture c'est question de goût, pas plus. Elle peut vous déplaire mais ne pas détruire votre vie.
L'enfer existe. La mairie de Paris l'a dans sa main et le distribue allègrement. Notre quartier est simple, les gens y sont peu éduqués, en manque de moyens : ils subissent, ils ne savent pas qu'ils peuvent redresser la tête et se faire entendre. La mairie joue sur ce manque de réaction avec un cynisme immonde.
Nous avons écrit au maire festif ou fêtard. Il en appelle à la nécessaire animation du quartier puis nous conseille de nous retourner vers la police pour faire régner l'ordre, dans une salve épistolaire qui fait honte à la fonction qu'il occupe et dont le cynisme n'a d'égal que la mauvaise foi. De quoi vous arracher un cri : celui de salopard.
Nous subissons des nuisances graves, par les péniches, maintenant par Paris-Plage, sans choix que celui de nous taire pour le profit de quelques passants qui choisissent librement le jour où ils font la fête.
Il paraît que cela s'appelle la "nécessaire animation de quartier". Paris n'est plus qu'une fête pour des gens qui hantent les boîtes à rythme, se déplacent à vélo par tous les temps, ne font pas les courses, ne travaillent pas le lendemain, n'ont pas besoin de récupérer. Paris serait-il fait pour des fêtards qui vivent d'allocations ?
Le meilleur de tout : une analyse rapide des emplacements choisis pour les péniches spectacles sur le Bassin de la Villette montre qu'elles sont toutes situées au-dessous des immeubles de logements à loyer modéré ou de logements locatifs, pas sous les fenêtres de propriétaires. Enfin, le maire habite un endroit calme, il lui faut se reposer puisqu'il nous concocte toutes ces petites surprises qui nous réaniment.