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Serge Federbusch : 'le patrimoine parisien a été saccagé'
Un ancien conseiller de Bertrand Delanoë publie un livre décapant sur la politique du maire de Paris et se présente aux municipales sur une liste d'opposition.
Serge Federbusch répond aux questions du Perroquet Libéré.
Serge Federbusch (DR)
Du Grand Voyer Sully au Général de Gaulle, en passant par le baron Haussmann, Paris a connu de nombreux aménagements et reconfigurations, articulés autour des principes d'ordre, de régularité, d'esthétisme et de fluidité. Mais depuis 2001, jamais on avait mobilisé autant de moyens au profit de si petites choses – trottoirs, réverbères, murets, poteaux –, conduisant la Ville au désordre le plus total, au cabossage de ses rues et à la congestion des ses axes. Un « massacre » qui ne laissera pas grand chose à la postérité. Voilà, en quelques lignes, le constat lucide de Serge Federbusch, ancien conseiller de Bertrand Delanoë pour l'architecture et la circulation, dans le Delanopolis, un livre-jeu à l'humour décapant qui sort en librairie. Au-delà du pamphlet qui réjouira les amoureux de Paris, le Delanopolis est un témoignage sur l'amateurisme et le cynisme d'une machine politique – la mairie de Paris – transformée en agence de communication. En avant première, Serge Federbusch précise au Perroquet Libéré la teneur de son analyse.
Entretien avec Serge Federbusch
Perroquet Libéré : Ancien conseiller de Bertrand Delanoë pour l'architecture et la circulation, vous vous insurgez aujourd'hui contre le « massacre des rues de Paris »… N'avez-vous pas une part de responsabilité dans les travaux d'urbanisme qui ont été engagés depuis 2001 ?
Serge Federbusch : En démocratie, c'est heureux, ce ne sont pas les techniciens qui ont le fin mot. J'ai passé mon temps à mettre en garde ceux pour qui je travaillais contre les aberrations de leurs choix. Mais Delanoë, obnubilé par la com', ne retient que ce qui permet des coups de com'. C'est vrai pour la circulation, avec les aménagements ubuesques de la voirie, ou l'urbanisme. Je suis parti sur tous ces désaccords et, désormais, libre de mon expression et citoyen engagé pour ma ville, je me présente aux élections. Je publie un livre pour dénoncer tous ces errements municipaux et, sur un mode plaisant et humoristique, informer mes concitoyens sur ce qu'on leur cache à Paris. C'est clair, net et démocratique.
Après 7 ans de Delanopolis, Paris est-il toujours la plus belle ville du monde ?
Sans aller jusqu'à en référer à Freud, le cerveau humain a tendance à refouler ce qui est gênant et qu'il n'a pas trop envie de retenir. Je me suis posé dans des dizaines d'endroits réaménagés par l'équipe Delanoë pour y prendre des photos : près d'un millier que j'ai mis en ligne sur mon site Delanopolis. Je peux vous assurer, qu'après une ou deux heures à observer les dégâts, vous avez un haut-le-cœur. Les gens qui circulent sur les rues et les boulevards n'ont ni le temps ni l'envie de regarder ce qui s'y passe vraiment. Quand vous le faites, vous réalisez à quel point, ces sept dernières années, le patrimoine parisien a été saccagé. Delanoë aurait fait la même chose à Rome, Amsterdam ou même Londres, c'était une bronca. Avec le temps, la seule chose qui restera de sa politique c'est cette atteinte à une ville dont la beauté et le prestige décroissent, soyez en persuadés.
Dans votre livre, vous écrivez : « En 2001, une agence de communication a été élue à la mairie de Paris ». Les grands travaux du maire de Paris peuvent-ils se réduire à une question d'image ?
Quels grands travaux ? Hormis ces tristes aménagements de voirie, le seul chantier important et de qualité, livré en sept ans, c'est la passerelle qui relie Bercy à la TGB. Et c'est un projet lancé sous Tiberi ! Ailleurs, tout s'est enlisé dans l'inertie bureaucratique liée aux querelles de barons. Ou a été victime de la lâcheté politique comme aux Halles, où le plus beau projet urbain et architectural que Paris ait eu depuis des décennies a été planté par Delanoë. A la place, on multiplie, les images de synthèse. Com' quand tu nous tiens !
Du point de vue de l'urbanisme, que restera-t-il de l'ère Delanoë ?
L'échec majeur, c'est d'avoir capitulé devant les Verts sur la question du nouveau Plan Local d'Urbanisme. Ce carcan malthusien, voté il y a environ deux ans, a pour effet de brider la construction. Du coup, les prix augmentent et, comme les surfaces bâties sont réduites, il y a moins de budget pour exiger des promoteurs de la qualité architecturale. Comment, à la fois, alimenter la crise du logement et brider la créativité en une leçon. Un beau résultat, en vérité !
Votre livre est très caustique : vous trouvez qu'il y a matière à rire?
Vous devinez la réponse : mieux vaut rire que pleurer. Et rire, comme je le fais avec le Delanopolis qui est à la fois un livre et un jeu de société, n'empêche pas de réfléchir. J'ai voulu aller au fond des choses et comprendre comment le triomphe de la com' asservit la politique. En économie, on dit parfois que la mauvaise monnaie chasse la bonne. En politique aussi : le delanoisme c'est la mauvaise politique, uniquement communicationnelle, qui chasse la bonne. Et comme tout cela à un petit côté ridicule, la tentation du caustique était trop forte pour que je puisse y résister.
En mars prochain, vous vous présentez en deuxième position sur la liste de Lynda Asmani, candidate UMP dans le 10ème arrondissement. Qu'est-ce qui a motivé votre choix ?
D'abord, contrairement à ce que claironnera la Voix de son Maire, nouveau nom de la mairie de Paris, je n'ai pas viré à droite ou ne suis pas obnubilé par une quelconque vengeance. J'ai rejoint Jean-Marie Bockel pour qui j'ai de l'estime et avec qui j'ai fait le diagnostic de l'archaïsme incurable du parti socialiste dans sa forme actuelle. Je suis membre fondateur de Gauche Moderne Paris et de Diagonale, deux mouvements qui partagent ce jugement. Le mal dont est atteint le PS est porté à son paroxysme à Paris, où une bande d'apparatchiks ont verrouillé le parti et vont mettre les militants, sans qu'ils s'en rendent vraiment compte, au service de l'obsession de Delanoë d'être élu président de la République en 2012. Autocratisme, bureaucratie, bourrage de crâne : c'est précisément parce que je suis de gauche que j'ai décidé de lutter contre cette imposture et que je continuerai à le faire. Le 10ème arrondissement est celui qui a le plus souffert du delanoisme municipal. Allez autour de Magenta ou d'Hauteville et vous comprendrez. C'est aussi un des arrondissements les plus « clientélisés » par la mairie. C'est donc un vrai challenge. Mais je dois aimer ça…
Retrouvez le DELANOPOLIS sur www.delanopolis.fr
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