Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

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Un lynchage ordinaire

Retour sur l'épisode de la vidéo montrant le journaliste Yvan Stefanovitch dénoncer la politique de subventions de Bertrand Delanoë en présence de Jean-Marie Cavada.



Un lynchage ordinaire
Ca commence par une banale conférence dans une librairie du 12ème arrondissement.

L'auteur d'un livre sur "le système Delanoë", Yvan Stefanovitch, répond aux questions d'un auditoire largement constitué de militants UMP venus avec leur tête de liste pour les élections municipales, Jean-Marie Cavada.

Yvan Stefanovitch s'arrête alors sur le passage de son livre où il critique la politique de subventions de Bertrand Delanoë. Faisant référence au recensement annuel des associations subventionnées publié par la Ville de Paris, il affirme que "les associations à coloration juive" arrivent nettement en tête de ce palmarès et y voit le signe d'un clientélisme destiné à attirer "le vote juif". Il évoque notamment la curieuse continuité existant sur ce plan entre l'époque Chirac et l'ère Delanoë en prenant pour exemple les subventions dont bénéficient les crèches du mouvement juif orthodoxe Loubavitch et critique le fait que des crèches réservées à des enfants de confession juive reçoivent un financement public. Yvan Stefanovitch s'étonne aussi que les associations de déportés reçoivent des subventions d'un montant différent et donne en exemple les demandes de subvention de l'association des anciens de Dachau et celle des anciens de Buchenwald pour illustrer son propos -pas toujours très clair- sur l'absurdité de la politique de subventions.

Il est alors interpellé par un journaliste caméra sur l'épaule qui lui fait remarquer que sa comparaison n'a pas beaucoup de sens dans la mesure où la différence dans le montant des subventions peut s'expliquer par la plus ou moins grande activité des associations bénéficiaires. Yvan Stefanovitch écarte un peu vite cette objection méthodologique en disant que la logique des subventions est purement "bureaucratique", comme si une analyse sérieuse des subventions pouvait se passer d'une étude comparative de leur objet...

Dans le même esprit, Yvan Stefanovitch fait remarquer à son auditoire que les subventions aux homosexuels ont explosé sous Delanoë : "600.000 euros par an, c'est énorme !". Là aussi, l'argument est un peu court : 600.000 euros, ça paraît peu au regard du montant global des subventions de la Ville de Paris (quelques 150 millions d'euros, comme sous Chirac et Tibéri...), mais c'est beaucoup au vu de l'objet de certaines d'entre elles et de leur contribution à l'intérêt général puisque ce montant englobe notamment le financement d'un festival discriminatoire de films lesbiens interdit aux hommes, d'un groupe ouvertement violent (Act Up) ou du Centre Gai et Lesbien de Paris qui a été condamné pour harcèlement moral à l'égard d'un salarié rejeté pour cause d'hétérosexualité...

L'intervention d'Yvan Stefanovitch a été filmée par le journaliste qui l'a interrogé, un certain Jeremy Sahel (il paraît qu'il tient à être cité quand on évoque sa vidéo). Sur le film, qui donne à la conférence un aspect discussion de comptoir (surtout lorsqu'il ironise sur le fait que les familles Loubavitch polluent en promenant leurs nombreux enfants en 4x4...), on voit nettement que Jean-Marie Cavada est assis au premier rang, au milieu de ses militants.


C'est ce qui va transformer cette séquence en péripétie de la campagne municipale.

Relayée par de nombreux sites internet, la vidéo, va connaître une diffusion très rapide sur internet. C'est ce qu'on appelle le "buzz". Un terme à la mode qui tend à devenir un synonyme de lynchage. En effet, les sites qui ont accéléré la diffusion de la vidéo, ceux de Guy Birenbaum et Jean-Marc Morandini notamment, ont sonné l'hallali en insistant sur le caractère "nauséabond" ou "scandaleux", voire même "antisémite" et "homophobe", du contenu de la vidéo au moyen d'extraits d'une vidéo qui est elle-même un extrait d'une séquence plus longue. Le tout relayé par "la blogosphère", concept aux contours flous qui désigne souvent un agrégat de prosateurs narcissiques et suiveurs prompts à faire passer le message de l'appel au meurtre virtuel par un simple copier-coller. Pas besoin de procéder à une analyse balancée et argumentée des fameux propos tenus dans cette vidéo, il suffit de hurler avec les loups. La messe est dite. Il s'agit non seulement de lyncher Yvan Stefanovitch pour ses propos mais aussi Jean-Marie Cavada pour son silence devant ces propos. On en est là dans la France d'aujourd'hui : on peut aussi bien être lynché pour ce que l'on dit et pour ce que l'on ne dit pas !

Le reste, c'est de la politique au sens pas noble du terme. C'est là qu'intervient quelqu'un comme Patrick Klugman, ancien président de l'UEJF devenu vice-président de SOS Racisme (associations qui biberonnent au lait des subventions de la Ville de Paris) et accessoirement candidat sur les listes Delanoë. Dans un bel élan de récupération politicienne, Patrick Klugman demande des "excuses" à Jean-Marie Cavada pour n'avoir pas réagi aux propos d'Yvan Stefanovitch. La nouvelle génération politique de notre pays, ça promet !

Le plus pitoyable dans cette affaire, c'est sans doute la réaction de Jean-Marie Cavada. Soi-disant occupé à discuter avec sa voisine, une colistière dont il souligne le patronyme (cliquer ici), le candidat UMP se défausse en prétendant qu'il n'a pas entendu les déclarations controverséees d'Yvan Stefanovitch. D'ailleurs, précise-t-il, s'il avait entendu de tels propos "discriminatoires" (sic), il les aurait évidemment condamnés. Un bel exemple de lâcheté et d'irresponsabilité. Et ça veut être ministre...

Depuis, dans la presse et sur internet, on glose sur les capacités auditives de Cavada ou le supposé antisémitisme de Stefanovitch. En revanche, on ne lit nulle part le moindre commentaire au sujet de ce qui constituait sans doute le propos le plus intéressant dans les affirmations d'Yvan Stefanovitch : le fait que la mairie de Paris subventionnerait des crèches liées au mouvement Loubavitch exclusivement réservée à des enfants de confession juive. Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que c'est bien ? Bertrand Delanoë serait-il donc aussi clientéliste que ses prédécesseurs ? Et quid de la laïcité sur laquelle Bertrand Delanoë fait justement la morale à Sarkozy ? Des questions intéressantes qu'il est pertinent de poser à l'occasion d'une campagne électorale. Pourtant, cela ne semble intéresser ni les candidats ni les journalistes ni ceux qui ont hurlé avec les loups après voir vu cette fameuse vidéo...

Reste que cet épisode en dit long sur le climat détestable de la campagne municipale.


Mardi 19 Février 2008
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