Bertrand Delanoë s'apprête à faire voter par les élus parisiens un
"plan de déplacement de Paris" (PDP) qui trace les grandes lignes de la politique des transports de la capitale à l'horizon 2020. On se demande par quel miracle un représentant élu jusqu'en 2008 peut s'octroyer le pouvoir d'engager la ville dans un processus s'étendant bien au-delà de son mandat. Surtout dans un domaine où les expérimentations menées en son nom sont loin d'être convaincantes... On peut aussi s'étonner du caractère incongru d'une planification de la circulation limitée à la seule Ville de Paris alors que la question des transports, qui concerne au premier plan les habitants de la banlieue, se pose au moins au niveau de l'agglomération.
Selon ce document de presque cent pages, il s'agit rien moins que de
"lutter contre le dérèglement climatique et les pollutions". Là aussi, on pourra se demander si un maire qui n'est pas capable de maintenir la propreté des rues de Paris est vraiment qualifié pour sauver la planète...
On parle déjà beaucoup des mesures les plus spectaculaires envisagées par le PDP : la fermeture définitive des voies sur berge, la piétonisation des arrondissements du centre de la capitale et la limitation à 30km/h de la circulation dans les arrondissements du coeur de Paris. Au final, l'objectif est de supprimer une voiture sur deux d'ici 2020 ! De quoi susciter une belle pagaille pour ceux qui s'obstineront à prendre leur voiture.
Métro, c'est trop
Mais il faut lire le PDP. On y apprend beaucoup de choses intéressantes. Par exemple que, si le trafic automobile a diminué de 17% depuis 2001, le nombre de voyages en métro ou en RER a cru de 10% et celui des voyages en train de banlieue de 20%. Sachant que l'offre en transports en commun n'a guère évolué, cela signifie que les pauvres bougres qui prenaient le métro ont du se serrer un peu plus pour faire de la place aux automobilistes dégoûtés. C'est sans doute ça, le
"Paris plus solidaire" que le maire avait promis à ses électeurs. Quant au bus, on découvre que, malgré la création de couloirs lui étant réservés, son trafic voyageurs a diminué de 6%. Une évolution que le PDP justifie par
"baisse essentiellement due à l'impact des travaux réalisés sur certains axes utilisés par des lignes de bus très fréquentées". Ou comment une politique en faveur du bus aboutit à décourager l'utilisation du bus...
Avec le PDP, la Ville de Paris se décide enfin à agir sur la tarification des transports en commun. Malheureusement, le volet qui lui est consacré ne contient guère d'innovations fondamentales et se limite à un toilettage des systèmes existants. On notera au passage la proposition de relever la limite d'âge pour la carte orange au tarif étudiant
"au-delà de 26 ans compte tenu de l'augmentation de la durée moyenne des études, et de la charge que représente le budget déplacements pour les étudiants dont le niveau de ressource est généralement très bas". Honnêtement, des étudiants de plus de 26 ans, à part les étudiants en médecine et les présidents de l'UNEF, ça ne court pas les rues. Et puis, ce n'est pas tant la carte orange qui plombe le budget des étudiants que le montant des loyers parisiens...
Rentre Avec Tes Pieds
Pour le reste, la mairie se propose d'
"accueillir les nouvelles pratiques de déplacement (rollers, patinettes...)". Ceux qui ont lu Quick et Flupke, célèbre BD d'Hergé publiée dans les années 1930, rigoleront bien en voyant que l'on peut sérieusement qualifier la
"patinette" de nouveauté ! Même si le PDP prévoit d'en remettre une couche en faveur des vélos (nouvelles pistes cyclables, un
"code de la rue" leur permettant de s'affranchir du code de la route), il n'y en aura pas que pour eux. Non, car il y a aussi les piétons que la mairie veut
"mettre au coeur de l'espace public". Comme s'ils n'y étaient pas déjà depuis les origines de Lutèce
"au coeur de l'espace public", les piétons... Mais le PDP semble y tenir en soulignant que
"favoriser la marche, c'est permettre des déplacements sécurisés et agréables pour tous". Surtout avec des paquets de courses, des gamins qui braillent ou avec un frigo sous le bras !
Taxis : pour une augmentation... de leur tarif !
Autre problème de fond auquel s'attaque le PDP : la pénurie de taxis. Il est temps en effet de faire quelque chose pour remédier à cette anomalie parisienne. Mais, là encore, il n'y a pas de miracle à attendre. Le PDP est particulièrement mesuré sur ce point et manifeste une volonté toute politicienne de ne surtout pas brusquer la profession dont il est surtout question
"d'améliorer le statut". Une amélioration qui se fera sur le dos des clients puisque le PDP annonce une hausse des prix à travers des mesures comme le rétablissement des
"suppléments gare" et des tarifs revus -gageons que ce ne sera pas à la baisse- pour les courses en soirée ou le samedi. Quant à remédier à l'aberration qui veut que les taxis se groupent en masse à Roissy au lieu de circuler dans Paris où les attendent désespérément leurs clients, le PDP propose une solution renversante :
"Etudier toutes les possibilités permettant de faciliter l'accès de Paris depuis Roissy pour les taxis" !
Encore plus de répression contre les automobilistes
Il est aussi question d'
"augmenter les contrôles pour changer les comportements". Mais il ne s'agit pas de tirer l'oreille de ceux qui sautent par-dessus les barrières du métro ou de verbaliser les cyclistes qui roulent à contre-sens ou grillent les feux rouges. Non, on l'aura deviné, il est ici question de renforcer la pression policière à l'encontre des automobilistes. Pour cela, la Ville réclame
"des pouvoirs de contrôle et de verbalisation des manquements aux règles de circulation et du stationnement". En d'autres termes, une véritable police municipale dont la création était, faut-il le rappeler, une revendication de la droite aux élections municipales de 2001.
Une ville-musée interdite aux touristes ?
Le principal reproche que l'on peut faire au PDP, c'est qu'il y est beaucoup question de promenades ébahies au milieu des monuments, de balades en vélo, de flânerie sur les voies piétonnes ou en bord de Seine mais pas beaucoup de travail. Il y a bien quelques mesurettes consenties au transport de marchandises ou au stationnement des commerçants, mais on sent bien que ce n'est pas la priorité du Plan de Déplacement. Et que dire de l'annonce contenue dans le plan de restrictions imposées aux cars de touristes qui circulent par millier chaque jour dans la capitale ? Des bâtons dans les roues des cars de touristes dans la ville la plus touristique du monde ?! Ca laisse rêveur.
Comme si le Plan de Déplacement de Bertrand Delanoë n'avait pas uniquement pour objet de paralyser la circulation de la capitale mais aussi son développement économique.
Lire le Plan de Déplacement de Paris :
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