Le Perroquet Libéré

"Je vous demande d'être des citoyens actifs et de nous dire ce qui ne va pas" (Bertrand Delanoë)

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Une irrésistible ambition...

Un livre de Frédéric Charpier sur Bertrand Delanoë.



Une irrésistible ambition...
Frédéric Charpier est un journaliste d'investigation chevronné qui a notamment enquêté à plusieurs reprises sur les méandres du ministère de l'Intérieur et les dessous de la lutte anti-terroriste (il est notamment l'auteur d'un livre récent sur Les dessous de l'affaire Colonna). Reconnu pour son sérieux et son professionalisme, il consacre un livre au maire de Paris, Bertrand Delanoë, une irrésistible ambition, qui éclaire utilement certains aspects méconnus de sa mandature à l'Hôtel de Ville.

Peu suspect de sympathies droitières, Frédéric Charpier se livre à un droit d'inventaire sur l'action du premier maire de gauche élu à Paris depuis plus d'un siècle. Sans concession, il ne se contente pas comme beaucoup de ses collègues journalistes des informations fournies par l'Hôtel de Ville et collecte des témoignages et des documents souvent inédits pour donner à voir ce qu'il y a derrière la communication du maire de Paris.

Sur le plan des symboles, Frédéric Charpier montre que l'alternance de 2001 a certes permis de tourner la page d'un chiraquisme devenu synonyme de scandales sans pour autant assurer une transparence conforme aux exigences démocratiques revendiquées par Bertrand Delanoë. Au-delà des anecdotes (voir par exemple le récit édifiant d'un élu socialiste "ancien adepte de la lutte des classes" qui s'est comporté comme un crevard pour améliorer son ordinaire aux frais du contribuable), l'enquête s'attarde sur l'affrontement qui a opposé les Verts, alors dirigés par feu Alain Riou ("l'opposant le plus fidèle et le plus acharné" au maire de Paris, selon Charpier), à Bertrand Delanoë au motif que celui-ci ne montrait guère d'empressement à engager des poursuites contre les abus de la gestion précédente. Une lecteur qui n'est pas pour rien dans la prescription qui a par la suite invalidé les poursuites sur l'affaire des "frais de bouche". On trouve aussi dans le livre de Frédéric Charpier une analyse alarmante de la gestion de certaines sociétés d'économies mixtes dépendant de la municipalité, en particulier la SEMAVIP dont des notes internes pointent des dysfonctionnements qui n'ont curieusement fait l'objet d'aucun commentaire dans les rapports d'inspection rendus publics par la Ville.

Frédéric Charpier s'est aussi longuement penché sur le scandale qui a frappé le Crédit Municipal de Paris (jadis connu comme le Mont de Piété) lorsqu'une enquête de la Commission Bancaire a mis en cause ses graves défaillances en termes de contrôle et de procédures. Particulièrement embarrassante pour le maire de Paris (puisqu'il présidait le Conseil de surveillance de cette institution qui avait déjà défrayé la chronique à l'époque de Jean Tibéri), cette affaire a été habilement étouffée sur le plan médiatique alors que sa révélation avait été tonitruante. Reste que Frédéric Charpier révéle que plusieurs dossiers litigieux n'ont pas été signalés à la cellule anti-blanchiment Tracfin comme la loi l'impose et que des clients floués par le Crédit Municipal attendent toujours d'être indemnisés.

Frédéric Charpier revient aussi sur les relations ambigues entre des magnats du CAC 40 et le maire de Paris, "une ville ouverte aux monopoles". A l'appui de cette thèse, il met en lumière les circonstances parfois troublantes qui ont amené Lagardère à mettre la main sur la Croix Catelan et JC Decaux à rafler le marché publicitaire parisien.

Le principal mérite du livre de Frédéric Charpier consiste à faire réféléchir ses lecteurs sur la nature de l'ambition politique et ce qu'elle implique. S'il est légitime que des élus aspirent à exercer davantage de responsabilités, on peut en effet s'interroger lorsque cette ambition conduit à instrumentaliser des causes d'intérêt général (voir l'exemple des JO que Frédéric Charpier cite en apportant des informations intéressantes sur les conditions de production du fameux film de Luc Besson) et à masquer la réalité de son action (comme sur la question du logement insalubre sur laquelle Frédéric Charpier apporte des éléments intéressants comme l'existence d'une liste secrète d'immeubles "dangereux" qui vient nuancer les ronflants bilans officiels de la municipalité sur cette question sensible).

Tout au long de son ouvrage, Frédéric Charpier dresse de celui qui se voit aujourd'hui comme le leader de la gauche socialiste le portrait d'un "social-libéral" dont les convictions politiques (forgée dans la lecture des romans plus que dans celle des ouvrages théoriques) sont évanescentes. C'est ce que l'on appelle gentiment un "pragmatique"... Bertrand Delanoë est d'ailleurs tellement obsédé par le refus d'augmenter les impôts afin d'apparaître comme un "manager" et un "bon gestionnaire" aux yeux de ses puissants amis qu'il n'a pas hésité selon le journaliste à s'asseoir sur certaines des priorités qu'il s'était fixées comme la création de 500 places d'hébergement pour les SDF chaque année : "Fin 2007, on n'en dénombre que 508 et non 1.000 comme le prétend la mairie. De toute façon, on serait encore loin du compte. Il en manque 5.000 sur Paris. Or, pour atteindre l'objectif de départ, il en aurait coûté 230 millions d'euros à la Ville. Sans doute était-il plus urgent de provisionner 110 millions d'euros pour la réfection du stade Jean Bouin". Cela permet peut-être de se faire réélire dans la ville la plus riche de France, mais il n'est pas sûr que cela suffise à ouvrir une nouvelle fois les portes de l'Elysée à la gauche. C'est pour cette raison qu'on raconte, comme le rappelle Frédéric Charpier, que Nicolas Sarkozy, "qui redoute surtout d'être à nouveau opposé à Ségolène Royal", se verrait bien affronter Bertrand Delanoë en 2012.

La gauche caviar peut-elle renverser la droite bling-bling ? C'est aussi ça l'enjeu de l'élection municipale à Paris.


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Lire l'entretien exclusif de Frédéric Chapier : cliquer ici


Mardi 04 Mars 2008
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