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Vélib : la roue de la fortune pour Decaux ?

Les bornes Vélib poussent comme des champignons sur les trottoirs de Paris, avec une facilité et une rapidité déconcertante. Des travaux d'une ampleur considérable, effectués à un an seulement des municipales, avec en toile de fond cette question qu'aucun média n'ose poser : qui paye et, au final, le Parisien sort-il gagnant du deal passé avec Decaux ?



10000 vélos à un an des municipales
10000 vélos à un an des municipales
Les bornes Vélib poussent comme des champignons sur les trottoirs de Paris. Pour l'opérateur JC Decaux, retenu par la ville il y a trois mois seulement, il s'agit d'une prouesse technique : le 15 juillet, 750 stations Vélib devraient être opérationnelles, avec 10.000 vélos ; en fin d'année, ces chiffres devraient être multipliés par deux : 1500 stations pour 20.000 bicyclettes. A un an des municipales, cette perspective impressionnante n'en reste pas moins déconcertante.

Déconcertante si l'on en juge par les péripéties juridiques et judiciaires par lesquelles la mairie est passée. Car, on s'en souvient, c'était au groupe américain Clear Channel que devait revenir le contrat, avant que l'appel d'offre ne soit annulé par le tribunal administratif à la demande de JC Decaux, pour « erreur de formulation ». Au deuxième round, Clear Channel avait finalement échoué à contrer son rival, l'amenant à son tour à saisir le tribunal : « la procédure suivie par la Ville et les conditions qui ont entouré l'attribution de ce marché par la commission d'appel d'offres mettent Clear Channel dans l'obligation de demander au juge de contrôler le respect des règles de mise en concurrence auxquelles sont soumis les marchés publics », expliquait l'opérateur américain dans un communiqué envoyé à l'AFP. Le juge des référés avait finalement rejeté ce recours… Ambiance !

Déconcertante aussi car, alors même qu'il s'agit de travaux de voirie pharaoniques, le budget de l'opération pour la ville de Paris reste un mystère. Bertrand Delanoë assure que "ça ne coûte rien à la ville, ça va même lui rapporter", grâce à un accord négocié avec Decaux, qui a obtenu en échange le marché des supports publicitaires dans la capitale.

Ce qui est certain, c'est que la location de vélo coûtera au Parisien six fois plus qu'aux Lyonnais, qui ont expérimenté le système dans leur ville depuis mai 2005 : l'abonnement d'un an coûte 29€ à Paris, tandis qu'il ne coûte que 5€ à Lyon. Par la suite il n'y a pas photo : 1€ pour les deuxième et troisième demi-heures à Paris, 25 centimes seulement à Lyon ! A Rennes, c'est même gratuit pendant 2 heures ! Bref, deux modèles distincts : l'un qui doit rentrer dans ses frais, avec une importante barrière à l'entrée, l'autre qui joue sur l'incitatif et la liberté.

Un plan local de publicité bien généreux !
Un plan local de publicité bien généreux !
Mais ce qui est peut-être le plus déconcertant dans l'affaire Vélib, c'est le cadeau en plus que semble avoir obtenu JC Decaux, qui récupère la gestion des 1628 panneaux publicitaires de la ville pendant 10 ans. En effet, peu de temps après l'attribution du marché, la Ville a décidé de réviser son plan local de publicité, qui définit la place dévolue à la pub dans les rues. On se demande bien ce qui pressait : depuis deux ans, la réforme était au point mort !

Mais là, tout va très vite. Et le projet de réforme de la Ville contient bon nombre de mesures qui, de l'avis de l'ONG Paysages de France , « semblent directement inspirées par les afficheurs eux-mêmes ». « Si ce projet était adoptée en l'état, poursuit l'association environnementaliste, il ne ferait que redéployer, en l'aggravant parfois, la pollution engendrée par la présence de milliers de panneaux publicitaires dans le paysage parisien » (cf. Action Paysage n°28 de juin 2007, page 13).

Ainsi, alors que le désormais célèbre « 4x3 » est remis en cause un peu partout (Montpellier, Lyon,…), il serait maintenu à Paris, où de plus grands panneaux encore pourraient voir le jour : des panneaux de 16 m2 et des « visuels » sans limite de surface. De même, « alors que tous les règlements récents proscrivent les panneaux scellés au sol côte à côte ou en V, Paris permet les panneaux scellés au sol formant un angle entre eux ».

Toujours selon « Paysages de France », « des règles d'espacement seraient instaurées, non pas entre deux panneaux comme cela se fait partout, mais entre emplacements publicitaires pouvant compter chacun deux panneaux de 12 m2 ». Qui plus est, les distances entre ces groupements de panneaux seraient alors, boulevard des Maréchaux, six fois inférieures à la distance minimale préconisée par le Ministère de l'Ecologie !

Plus drôle encore : si la mairie annonce en fanfaronnant une baisse de 20% du nombre de « sucettes » (taille abri-bus), « il est prévu que ces dispositifs contiennent dorénavant 3 affiches qui défileront sans cesse au lieu d'une seule » !

Enfin – mais la mairie n'est plus à une contradiction près en matière d'écologie -, « le projet de règlement prévoit que des véhicules supportant des panneaux publicitaires de grand format (2 panneaux de 8 m2 généralement) pourront se déplacer 24h sur 24 et sans limitation de nombre ». Voilà qui permettra sans doute de réduire les émissions de gaz polluants ! En outre, il serait prévu que la quasi-totalité des publicités installées sur le domaine public soient éclairées et défilantes, alors que de tels panneaux « consomment chaque année entre 5 000 et 9 000 kWh, soit la consommation de deux à trois familles de quatre personnes »…

Et dire que, dans son édition du 5 avril, Le Parisien (Marie-Anne Gairaud) essayait de nous faire croire que Paris « veut faire du nettoyage en matière de publicité »… (lire l'article)

Il semblerait que, pour le maire, un bon coup de pub précipité à l'approche des municipales (bouclé en quelques semaines sans concertation avec les riverains) soit à ce prix !



28.06.07 : Le Président de Paysages de France écrit au Perroquet :

Concernant la publicité sur les véhicules supportant des panneaux publicitaires, je vous confirme en tous points ce que Paysages de France a annoncé. Le projet de règlement ne fait que reprendre quasiment mot à mot l'article 1er du décret n° 82-764 du 6 septembre 1982 : les interdictions prévues dans le projet de règlement présenté par la mairie de Paris sont ni plus ni moins celles figurant dans le décret précité, lequel s'applique sur l'ensemble du territoire national. Des camions publicitaires pourront donc bien sillonner la ville 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, cela bien évidemment dans le respect des dispositions du Code de l'environnement rappelées dans l'article P4.1.1 du projet de règlement de la Ville de Paris. Le Parisien n'a pas cherché à s'informer sérieusement et, du coup, fait passer des vessies pour des lanternes. D'ailleurs, dans cet article du Parisien, on me fait dire quelque chose que je n'ai jamais dit sur les palissades de chantier pour la simple raison que cela aurait été de ma part une pure et simple contre–vérité. En revanche on oublie totalement d'évoquer nos remarques concernant la publicité lumineuse ou d'autres points du projet, y compris des dispositions entachées d'illégalité.

Pierre-Jean DELAHOUSSE
Président de Paysages de France

Vélib : un bon coup de pub


Vélib1
envoyé par rue89

Vendredi 22 Juin 2007
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